2001_04_cul_fr

Une nouvelle politique culturelle pour les villes

La Culture, avec un grand C, est une vaste question. A l’occasion de la campagne électorale en vue des prochaines élections municipales, Daniel Cohn Bendit, député européen, ayant la double nationalité franco-allemande, s’est exprimé récemment dans une réunion publique.

On se souvient de Daniel Cohn Bendit qui s’illustra en mai ’68 comme chef d’un mouvement gauchiste étudiant à la Sorbonne, à Paris. On l’appelait alors Dani le Rouge. C’est bien lui qui réapparaît sur la scène politique, comme représentant d’un groupe de Verts, écologistes, pour donner sa vision de la culture dans les grandes villes. Dani, comme on l’appelle familièrement, soutient Gérard Collomb, candidat socialiste à Lyon.

Il y a de nouvelles expressions culturelles qui dérangent, les graffiti, sur les murs… Les graffiti sur les murs sont, pour moi, une appropriation culturelle d’une partie de la jeunesse, de leur ville, c’est-à-dire que des jeunes ont envie de dire nous existons, nous existons, dans des villes où justement on a toujours oublié de leur donner, de leur laisser un espace, de leur permettre, peut-être même, de conquérir un espace. Donc, si nous voyons ce besoin d’expression culturelle à tous les niveaux, peut-être qu’on parlera après, aussi, de l’émigration, c’est-à-dire aussi des différences de sensibilité culturelle ayant des origines différentes, nous comprenons qu’aujourd’hui, un citoyen ne pourra s’identifier à sa ville, ne pourra s’identifier et se reconnaître dans cette ville que si cette ville reconnaît ses besoins culturels à tous les niveaux. Alors, évidemment, il y a les besoins culturels, je dirais pas d’élite, mais disons d’une qualité traditionnelle qui s’exprime par un opéra, qui s’exprime par un théâtre ayant un nom, par des metteurs en scène ayant un nom, etc., ça, c’est un niveau.

Et puis, il y a un deuxième niveau qui est une multitude, une multitude d’initiatives culturelles qui ont besoin de lieux. Ils ont besoin aussi de subventions mais la subvention vient pour moi en second. Ils ont besoin de lieux non centralisés où ils peuvent s’exprimer, où ils peuvent essayer de conquérir un public, donc, ce doivent être des lieux d’une certaine convivialité où le public a une envie d’aller pour rencontrer différentes sensibilités culturelles, initiatives culturelles et essayer de se confronter à ces initiatives.

Et puis il y a une autre chose qu’il ne faut pas oublier, que la gauche traditionnelle a, en culture, souvent oublié, c’est la culture comme expression d’avant-garde, de contestation de la société. Il ne faut pas seulement penser à une culture marchande mais il faut aussi penser à une culture qui provoque, qui dérange, qui fait mal même, par quelles pauses elle ose poser des problèmes que dans le discours disons poli, nécessairement poli, de la politique, des problèmes qu’on ne… qu’on aborde peu. Et donc, il y a, pour la démocratie, pour une ville, quelque chose de fondamental à aussi essayer de trouver les espaces qui redonnent à la culture sa capacité, des capacités contestatrices… non qui leur redonne, d’ailleurs, c’est mal dit, mais qui permette à ces capacités contestatrices de s’exprimer. Donc, pour généraliser maintenant, le rôle d’une municipalité, c’est de mettre sur pied des structures où les différentes sensibilités culturelles, où les citoyens avec leur volonté de s’approprier une certaine culture, puissent, effectivement s’exprimer. Et, cela veut dire, en pratique, qu’il faut faire des choix des fois très difficiles. Oui, il faut des institutions de renommée culturelle, mais le budget culturel n’a pas…, ne peut pas, se réduire à cela. D’un autre côté, nous avons besoin d’initiatives. Mais attention, là aussi, ne tuons pas l’initiative culturelle par une maladie de subventions où on ne sait plus à la fin pourquoi l’on subventionne quelque chose. C’est-à-dire que le plus important, c’est ce que j’ai dit, de la subvention, est les lieux, le lieu où un… une culture, des cultures puissent partir à la conquête d’un public.

Et puis, pour terminer, ne baissons pas les bras face à l’expression culturelle qui dérange, que ce soit les jeunes et leurs graffiti ou que ce soit une culture d’avant-garde, méchante, agressive, mais qui fait avancer le débat de société.

Certes, tout cela est bien carré*, voire acceptable. Oui mais voilà, c’est compter sans certains ténors, venus jouer les trouble-fête à cette réunion. Un bateau venant de s’échouer sur la côte méditerranéenne, chargé d’émigrés clandestins Kurdes, en provenance d’Iraq, pose un autre problème d’intégration culturelle en France. Les sans-papiers ont des défenseurs sachant se faire entendre. Écoutez:

On a aujourd’hui des cargaisons de passagers qui viennent de nulle part et dont on ne sait pas où ils vont aller. Alors, réellement, réellement, vous parlez de citoyenneté, où est la citoyenneté dans une telle déclaration, où est la citoyenneté dans untel mépris des gens, où est la citoyenneté dans les gens qui, à Lyon, vivent sans aucun droit, et, monsieur Collomb, vous nous avez absolument baladés, parce que nous étions présents devant votre permanence, en disant que vous alliez traiter la situation des gens. Vous n’avez rien fait. Vous nous avez promenés. Vous nous avez pris pour des imbéciles et vous avez pris les sans-papiers pour des imbéciles.

Régularisez les sans-papiers…

J’y suis! J’y reste! Je ne partirai pas!

$Id: 2001_04_cul_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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