2001_04_soc_fr

Les sans-papiers

On les appelle des sans-papiers. Les papiers qu’ils n’ont pas? Des permis de séjour qui leur permettent de résider et de travailler légalement.

Sept sans-papiers font la grève de la faim, à Lyon, depuis le 26 février. Ils sont sept, deux femmes et cinq hommes, en situation irrégulière en France, n’ayant pas d’autorisation de séjour en règle. Il y a trois Algériens, deux Marocains, un Tunisien et une Chilienne. Tous ces gens ont un point commun: ils ont vécu longtemps en France, puis, pour différentes raisons, ils sont repartis dans leur pays. Maintenant, ils voudraient rester en France mais le gouvernement refuse de légaliser leur situation. Pour attirer l’attention de l’opinion publique, ils ont choisi de faire la grève de la faim.

Tania, nous explique son propre cas:

Je viens du Chili, oui…

Je suis née en France. je suis partie à l’âge de onze ans, et je suis revenue, il y a… ça va faire un an.

Selon la loi, comme j’ai quitté le territoire plus de cinq ans, j’ai pas le droit à être régularisée.

J’ai reçu un refus de la préfecture où ils me donnaient un délai d’un mois pour quitter le territoire français, et sinon, j’allais avoir une reconduite à la frontière.

Si on fait la grève de la faim, c’est justement pour améliorer notre avenir, et puis pour pouvoir enfin avoir des papiers et puis vivre normalement comme tout le monde sur le territoire français.

Ils ont quelques personnes pour les soutenir. Stéphane Berger fait partie de ceux-là. Il explique pourquoi il prend leur parti. Nous l’avons rencontré il y a quelques jours.

Parce que c’est sept personnes qui sont… qui ont des attaches très fortes avec la France ou qui sont présentes ici depuis très longtemps ou qui ont des liens parentaux très proches avec des gens qui vivent ici déjà, et donc, il y a, pour moi, une légitimité… leur légitimité à vouloir vivre ici… bon, légalement, bon, ça se discute pas… alors que, bon, la préfecture ou l’État français, les refuse…, refuse leur régularisation sous des prétextes administratifs sans étudier leur situation réelle, voilà.

Ils sont hébergés dans une salle d’un bâtiment oecuménique. Sur le sol, des matelas sont étendus. Les grévistes restent allongés toute la journée. Ils sont faibles, ils ne boivent que de l’eau et du thé. Après tant de jours de privation, ils souffrent cruellement, on s’en doute.

Hier, ça allait vraiment pas, j’ai dû passer presque toute la journée couchée parce que j’avais des douleurs musculaires très très très fortes, et puis bon, ben après j’ai pris un comprimé pour les douleurs et puis aujourd’hui, ça va un peu mieux. J’ai pu dormir au moins quatre, cinq heures d’affilée et ça m’a permis de récupérer un peu au niveau physique.

Malgré ça, ils n’envisagent pas d’abandonner.

Non, pas du tout parce que, au Chili, j’ai passé des choses plus horribles qu’une grève de la faim en France. Et c’est un choix que j’ai fait. Je me suis jamais habituée au Chili, je ne vois pas pourquoi je devrais retourné dans ce pays, déjà que c’est pas le mien, c’est le pays de mes parents mais pas le mien, et mon pays, c’est la France, et c’est pour ça que je veux rester ici et que je vais faire tout pour rester ici, même s’il faut faire une grève de la faim et puis il faut avoir des séquelles après, parce que, bon…, c’est logique, je vais le faire. Je veux plus retourner au Chili, moi, plus pour y vivre au moins.

Mourad est Tunisien, il a vécu en France jusqu’à la mort de son frère. Puis il est retourné en Tunisie. Mais il ne s’habitue pas là-bas, la vie est difficile. Maïssa est Algérienne. Elle vit en France depuis l’âge de trois ans. En Algérie, son père veut la marier de force. Tous les grévistes ont décidé de rester solidaires, jusqu’au bout.

Quand on a décidé de faire la grève de la faim, on a dit qu’on allait jusqu’au bout, et le bout, c’est pas nous qui allons le décider, c’est la préfecture et le ministère qui va* décider quel bout on va… jusqu’où on va arriver. Mais nous, on est prêts à tout.

Pour l’instant, la préfecture ne leur propose qu’un permis de séjour d’un an. Ils ont refusé.

Alors, le pire…, je sais pas. Mais, disons que c’est vrai que là, ça fait trente-huit jours, aujourd’hui c’est le trente-huitième jour de grève de la faim, donc, plus les jours avancent, plus leur état de santé se dégrade, donc, effectivement, ben, tout le monde espère qu’il y aura une solution trouvée avant qu’il se passe quelque chose de grave, voilà.

Les dernières élections, qui ont porté la gauche au pouvoir, n’ont pas changé grand chose.

Bon, il y a effectivement des élus qui ont fait des démarches, mais pour l’instant ça a pas trop débouché sur grand chose, on va dire.

Quand on demande à Tania comment elle ressent la régularisation, par différents pays d’Europe de l’ouest, des Kurdes, récemment arrivés en masse, clandestinement, sur un bateau, elle n’a pas de rancoeur, pas de jalousie, au contraire.

Ben, je suis contente pour eux parce que, il y en a beaucoup qui arrivent clandestinement, pas massivement, et ils ont pas la même chance. Je suis très heureuse pour eux et j’espère qu’ils vont pas avoir… pour un an, et puis dans un an, ils ne vont plus avoir de papiers …. et s’ils veulent retourner un jour dans leur pays, eh bien qu’ils le fassent, mais que le gouvernement français les foute* pas dehors parce qu’ils sont quand même menacés dans leur pays et ils ont le droit de vivre dans n’importe quel pays tranquillement comme tout le monde.

Note additionnelle: Les sans-papiers de Lyon qui faisaient la grève de la faim ont obtenu satisfaction le 15 avril. Leur situation va être régularisée. Ainsi, ils ont pu mettre fin à leur grève.

$Id: 2001_04_soc_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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