2001_09_soc_fr

Les vendanges

Remplie de raisins, la remorque part pour la ferme. Dans les champs autour de Lancié dans la région du Beaujolais Village, c’est l’heure de la pause de rafraîchissement pour la vingtaine de vendangeurs qui ont travaillé toute la matinée sous un fort soleil de septembre.

Qui a soif …?

La saison des vendanges est là. Autrefois, les vendanges en France donnaient du travail à des centaines de milliers de personnes, venues de toute l’Europe pour participer à la récolte des raisins. Mais l époque de la mécanisation est arrivée et aujourd’hui il ne reste plus que deux régions en France où la récolte est strictement manuelle: le Beaujolais et la Champagne.

Le Beaujolais accueille 40 000 vendangeurs cette année et dans les champs on est content qu’ici au moins la tradition soit préservée. Une dame revient ici tous les ans depuis trente ans …

…parce qu’on a des patrons qui sont super. On travaille pour rien. On se fait même pas payer. C’est bénévole.

Ce qui n’est pas tout à fait vrai, le salaire est de 250 francs par jour, ce qui n’est pas beaucoup, mais ce qui n’est pas rien non plus. On est logé et nourri, et, pour les amateurs du métier, ça compte:

Ce qu’il y a surtout, il y a qu’il y a du bon vin. Le soir on est bien, oui. C’est là qu’on est le mieux d’ailleurs en vendanges, c’est le soir, c’est pas le matin. Mais enfin ça va, il y a la bonne ambiance. C’est pour ça qu’on vient. On retrouve quelques amis de l’année d’avant ou d’il y a trois quatre ans, ça va, quoi. Le reste de l’année, je suis retraité.

Ça se passe bien. Il y a une super ambiance jusqu’à présent.

Ben, disons que j’avais déjà fait les vendanges quand j’étais plus petit et que j’aimais bien ça et puis comme je suis étudiant et que je rentre en milieu de mois de septembre, je me suis dit ‘autant faire quelque chose’.

C’est l’ambiance, oui, qui est bien, quoi, surtout. Le boulot, bon, en lui-même, c’est assez difficile mais avec l’ambiance ça compense. On a un logement. Il y a trois dortoirs, donc il y a les garçons, les filles, on est nourris et on mange bien même. Moi je suis étudiant, je suis en maîtrise de biochimie.

Le viticulteur, Gérard Gélin, surveille les vendangeurs et aide les nouveaux arrivés à apprendre leur métier. Le travail n’est pas facile, il le reconnaît.

Alors il y a les coupeurs, donc, qui sont les plus nombreux, et puis donc les porteurs qui charrient la hotte et qui transportent le raisin sur la remorque. Donc là on a un porteur pour neuf coupeurs ce matin, donc une cadence de travail qui est normale. Porteur, c’est très difficile dans la mesure où il faut être solide, ne pas craindre le mal aux épaules, puisque on passe la journée à charrier 30 à 40 kilos de raisins. Coupeur, eh bien, il ne faut pas avoir trop mal au dos non plus. Il faut être habile de ses doigts. Il y a un petit peu de tout, quoi.

Pour la récolte de cette année, il a confiance:

Ça s’annonce comme une bonne année. On a manqué d’ensoleillement ces trois quatre derniers jours, mais on a quand même eu un mois d’août qui était remarquable donc ça se passera bien. Les raisins sont très bons au goût, donc ça c’est un signe qualitatif au départ.

Une bonne année, c’est déjà un bon état sanitaire des vignes, des vignes pas trop chargées en récolte avec une bonne maturation, pas de maladie, pas de pourriture, donc c’est très important.

Cette chaude ambiance devrait produire environ 1 350 000 hectolitres de Beaujolais en cette année 2001, soit 180 millions de bouteilles, le tout étant réparti en appellations Beaujolais, Beaujolais Village et crus du Beaujolais.

Comme tous les autres récoltants de la région du Beaujolais, Gérard Gélin a, pour sa part, une production importante à écouler:

En bouteille, nous arrivons à commercialiser un peu plus de 100 000 bouteilles actuellement sur l’appellation Beaujolais Village, et un petit peu Morgon. Il y a 45% qui est exporté… principaux pays, USA, Japon, Hollande, Belgique, Allemagne un petit peu aussi, Suisse. Sur le volume produit, il y a à peu près 25-30% de vendu en Beaujolais Nouveau, le restant est vendu en Beaujolais Village de garde*, donc des vins un peu plus structurés qui ont une durée de vie un peu plus importante.

Est-ce que cette industrie peut continuer à travailler avec les méthodes d’une autre époque? Ou est-ce que la mécanisation va bientôt arriver pour remplacer les vendangeurs? De fait, ce sont les autorités qui contrôlent l’appellation de Beaujolais qui interdisent l’arrivée des méthodes industrielles, en partie pour préserver l’équilibre entre les producteurs.

C’est tout le vignoble en coteau qui n’est pas mécanisable, et là il y aura une disparité de coût de production entre différentes appellations ou différentes régions de production à l’intérieur de la même appellation.

Mais si le feu vert est donné, M. Gélin n’hésitera pas …

On peut pas être contre …

et même si ça doit venir progressivement, à cause des vieilles vignes qui ne sont pas exploitables à la machine, progressivement ça va venir …

… le vignoble n’est pas formé, au niveau de nos Beaujolais Village puisqu’on a une taille* méthode de taille consistant à obtenir une forme d’arbre à symétrie rayonnante. Les ceps près du sol permettent un maximum de chaleur et une bonne aération, diminuant les risques de pourriture"> ‘gobelet’*, donc on a une exploitation où la moyenne d’âge des vignes est assez importante, donc même si on a envie d’utiliser la machine, matériellement on sait que on n’est pas prêts, avec l’état actuel de nos vignes.

Si c’est permis, on va le faire doucement dans la mesure où on a très peu de parcelles qui peuvent se faire pour l’instant. Par contre, sur le Beaujolais sud, donc où les pieds sont montés en taille ‘Guyot’*, c’est vrai que c’est mécanisable demain.

Et si on se sent triste de perdre l’idyllisme d’une autre époque, M. Gélin nous assure que ça ne nuira pas à la qualité du produit final:

Je pense que, à terme, il ne doit pas y avoir de grosse différence, du moins sur toutes les dégustations et les essais, la différence n’était pas significative, après c’est surtout une question de maîtrise à la vinification, de maîtrise du transport du raisin qui joue la différence, donc au niveau de la viticulture, il faut une technicité plus importante qu’avec une vendange manuelle, ça c’est reconnu, ça.

Ce qui n’enchanterait pas les vendangeurs:

Ça serait dommage de perdre tout ça, quoi …

$Id: 2001_09_soc_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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