2001_11_soc_fr

Les raves parties vont être contrôlées

Si j’avais un jour à organiser une free partie, j’irais chercher un endroit joli, dans la nature, où il y a* pas trop de voisins pour pas les embêter, oùê il y ait* moyen de garer le nombre de voitures en fonction du nombre de gens qu’on attend, sans trop abîmer, non plus, les champs…

Oui mais voilà, l’Assemblée des députés vient de voter une loi qui obligera désormais les organisateurs de rassemblements de musique techno à demander une autorisation légale.

Les raves parties, tel est leur nom, ont d’abord été tolérées par le gouvernement socialiste, favorable à la liberté de l’expression artistique et à celle de la jeunesse. Luigi est un DJ professionnel:

Une free partie, eh bien c’est tout simplement des jeunes qui ont du sound system. Ils ont des enceintes, ils ont des platines et en fin de compte, ils ont tout le matériel qu’il faut pour organiser un concert, on va dire, pour accueillir du monde. Ils ont la logistique. Ils ont le personnel. Bon, c’est sous le cadre associatif, c’est-à-dire, chacun fait ce qu’il peut faire sous forme de bénévolat. Il y a une donation qui est donnée à l’entrée, histoire de payer un petit peu les artistes ou de payer les frais, l’essence, les choses de ce genre. La plupart du temps, ça reste quand même gratuit, c’est-à-dire si la personne qui rentre à l’entrée ne veut pas payer ou n’a pas d’argent, comme les jeunes étudiants, eh bien ils ont pas à payer et ils peuvent quand même faire la fête.

Les raves parties sont organisées hors du cadre de la loi, donc la soirée de la fête ressemble au jeu du chat et de la souris:

La police elle est au courant de tout ce qui se passe, il faut le savoir quoi, et bon, bien, après c’est plus la course, j’ai l’impression, pour les organisateurs de free de ne pas dévoiler jusqu’à la dernière minute l’endroit, pour pas que la police soit au courant.

Mais les gens ils se tiennent au courant entre eux, quoi. C’est plus qu’une culture, c’est plus qu’un mouvement, c’est vraiment un réseau, quoi. Les gens se connaissent et se tiennent au courant à des centaines de kilomètres et quand il y a un évènement comme un technival avec plus de 30, 40, 50 artistes qui est organisé, les gens ils le savent et ils se déplacent quoi et c’est comme ça qu’on mobilise jusqu’à 30 000 personnes.

Cependant un accident mortel dû à la drogue est arrivé cet été au cours d’un de ces rassemblements. Les organisateurs ont objecté que, avec n’importe quel rassemblement des jeunes, on s’expose à de tels incidents: c’est une question de probabilité statistique, pas le problème uniquement des free parties. Mais à l’approche des élections l’année prochaine, les pressions sur le gouvernement sont énormes. La nouvelle loi prévoit donc des mesures de sécurité qui compromettent l’existence du mouvement:

C’est vrai que d’obliger les organisateurs de free à prendre une assurance, à prendre une sécurité, ça fait augmenter les frais, donc du coup, eh bien, le mouvement free il tient plus la route, quoi, à ce niveau-là, quoi.

Le mouvement free, c’est un mouvement qui se veut libre et donc libre de toute contrainte administrative en fait et c’est vrai que le problème, face aux autorités c’est que ils ont pas de permission pour faire leurs soirées, en dehors de toute règle, on va dire, classique de sécurité, ils se retrouvent contre la loi. Malgré tout ça, ils partent du principe que chacun est autonome et responsable de lui-même. Bon, je dirais, il y a des choses bien et des choses pas bien dans le principe d’organisation des soirées, mais, quand même je dirai qu’on leur a pas… on n’a pas laissé la chance au mouvement free de s’exprimer réellement puisque, il y a pas eu vraiment de dialogue. On leur a tout simplement dit qu’il fallait qu’ils fassent une demande d’autorisation préfectorale… oui, à la préfecture, donc, pour organiser une soirée, sachant que les autorisations ne sont pas accordées, c’est comme si c’était interdit en fin de compte, quoi.

Il y a de part et d’autre, côté gouvernement et côté jeunes une sorte d’incompréhension:

Les jeunes qui organisent des free parties, ils ont pas envie de dialoguer avec les autorités. Ils ont juste envie de se poser dans un endroit, on va dire, proche de la nature, dans des champs ou des choses de ce genre, qui, en toute logique devraient appartenir à tout le monde. A partir du moment où ils les laissent propres et qu’ils ont pas embêté 10 000 personnes, je dirais, bon, voilà.

Je pense que le mouvement free va pas s’arrêter là quand même. C’est ça qui est dommage, c’est qu’ils vont être confrontés à des problèmes de plus en plus importants avec la loi et c’est vraiment dommage parce que la plupart de ces personnes sont des jeunes qui n’ont pas énormément d’argent et qui placent tout ce qu’ils ont dans la musique. Et le fait qu’on leur confisque tout leur matériel, parce que ils sont passibles déjà d’une peine de prison, ils sont passibles d’une amende, mais en plus de ça on leur confisque leur matériel, ça veut dire que tout ce qu’ils ont, en fin de compte, tout ce à quoi ils croient et tout ce pour quoi ils vivent, eh bien, ça leur est confisqué et ils ont plus le droit de s’exprimer, quoi. Je trouve que c’est un peu dur.

A une période où les problèmes de sécurité sont aigus, les mesures de protections sociales sont mises en avant, les raveurs sont les premiers à le reconnaître.

Maintenant c’est vrai que l’histoire de la drogue, c’est autre chose et là, c’est vrai que il y a quelque chose à faire, mais je dirais, plutôt** d’interdire un mouvement qui est plein de bonnes énergies et de…. une culture nouvelle, quoi, eh bien ils auraient pu tout simplement dire ok, bon, eh bien on va essayer de contrôler ça un peu plus d’une manière discrète et puis arrêter les dealers, puisque le réel problème c’est la drogue et non pas l’organisation de soirées, quoi. Il faut savoir que, bon c’est… je dirais, c’est presque une manifestation culturelle, une free partie, quoi et, bon, on est libre de manifester pour ses droits, pour ses croyances, sa culture, quoi, donc, à partir de là, voilà… Je trouve que c’est un peu extrême de dire ok, on arrête ce mouvement de cette manière, quoi, en tout cas.

Bon, ça c’est mon point de vue. Je pense qu’il est discutable, mais en même temps, il y a beaucoup de gens qui pensent comme nous, quoi, c’est que il y a d’autres problèmes à résoudre avant de dire aux… Bon, le problème de la drogue, je reste persuadé que c’est un problème qui est à résoudre d’une manière extrême s’il le faut, mais de là à dire: on arrête ce mouvement de cette manière alors qu’il y a des choses beaucoup plus importantes et beaucoup plus graves en ce moment qui valent la peine d’être réglées… bon, eh bien voilà, quoi…

C’est difficile, c’est pas à moi de trouver la solution, je dirais. C’est plus aux politiciens de discuter avec les jeunes qui ont envie de continuer leur mouvement.

Le jeu en vaut la chandelle* si tant de jeunes se sentent concernés. Le mouvement électronique ne devrait pas disparaître avec la nouvelle loi, car c’est un mouvement important.

Il est énorme. Il a pas arrêté de croître. Moi, j’y suis depuis le début, quoi, c’est-à-dire les années 90, le début des années 90, j’ai arrêté mes études pour ça, parce que c’est ma passion, c’est la musique, quoi… Et c’est pas simplement que de la musique, c’est aussi une nouvelle façon de penser, une nouvelle façon d’utiliser les machines, une nouvelle façon de communiquer un petit peu avec les gens…

 

 

 

 

 

$Id: 2001_11_soc_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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