2001_12_act_fr

Adieu au franc français

Dans quelques semaines maintenant les Français vont devoir dire adieu au franc français. Les euros vont entrer en circulation le premier janvier, et, à partir du 17 février les francs ne seront plus acceptés dans les commerces.

Pour la France qu’est-ce que ça change? Jusqu’à quel point la monnaie fait-elle partie de l’identité d’une nation? Nicolas Resseguier est directeur adjoint de la Banque de France:

Moi, je pense que c’est un élément important en effet de l’identité, c’est sûr, de la souveraineté et c’est une raison pour laquelle je suis depuis longtemps un chaud partisan de l’euro, parce que je pense que la construction d’une monnaie commune en Europe, justement, est un élément, est une étape, après d’autres et avant, probablement, d’autres, de nouvelles…. est une étape justement pour accroître la prise de conscience européenne et, ce qui me semble, à moi personnellement en tout cas, important que les Français et puis les autres peuples qui le souhaitent, prennent conscience que pour peser dans le monde aujourd’hui il faut être européen, on n’a pas le choix, sinon on laisse entièrement les très grandes puissances dominer la planète. Et si on veut peser dans le monde, eh bien il faut construire des éléments de cette identité européenne. Et j’espère beaucoup que la monnaie, comme elle a un aspect très concret, très quotidien, aidera justement les Européens à se sentir plus Européens. Alors ça ne veut pas dire qu’ils ne se sentent pas Français, Allemands, Italiens, Anglais en plus, hein, parce qu’il y a des gens aujourd’hui qui se sentent Bretons et Français, je veux dire, c’est pas incompatible. On peut garder un attachement à la France et puis en même temps avoir un attachement et une sensibilité européenne.

Sur le plan logistique, c’est un travail de titan, on s’en doute.

En France au total, on va fabriquer 7 milliards de pièces et 2 milliards et demi de billets.

Ce qui est compliqué, c’est qu’on change, donc, tous les billets et toutes les pièces en même temps, et en matière de logistique, ce qui est le plus compliqué, c’est sans aucun doute la gestion des pièces, parce que les billets c’est pas très encombrant.

Monsieur Resseguier s’amuse à illustrer ce qu’il dit:

Ça, cette… ce qu’on appelle une briquette, c’est des billets ‘France’ qui sont détruits. Hein, on les détruit après, on les broie et il y a une machine qui les compacte. Et cette petite briquette, voyez, qui tient dans la main, à votre avis ça vaut combien là, en francs?

-500 francs.

-500 000 francs!

C’est une illustration du fait que la logistique des billets est pas très compliquée.

Pour les pièces, ce n’est pas aussi facile. Les pièces sont lourdes et encombrantes, en francs comme en euros.

Par contre pour les pièces comme c’est très encombrant, là on est obligé de passer par des intermédiaires et on a créé dans chaque département des centres secondaires pour stocker les pièces. Et ces centres secondaires, donc, récupèrent les… l’ensemble des pièces en euros pour après les acheminer vers les agences bancaires et vers le grand commerce et là ce sont des casernes militaires carrément qui ont été réquisitionnées pour, à la fois, assurer la sécurité et puis disposer de la place suffisante.

Pour les pièces, on va récupérer donc, les pièces en francs. Et après on va réacheminer les pièces là où elles ont été fabriquées, c’est-à-dire dans l’usine de Pessac en Gironde. C’est un peu comme les éléphants, vous savez, ils vont mourir là où ils sont nés, on dit, hein… Eh bien les pièces, c’est la même chose. Elles vont mourir là où elles sont nées, à Pessac et on va récupérer… on estime qu’on peut récupérer un tiers du métal à peu près. Pour les billets, par contre non. Pour les billets on ne récupère rien.

La sécurité n’est pas le moindre souci de toute cette opération.

C’est évidemment une de nos préoccupations essentielles, hein. Donc, pour vous dire, tous les vendredis matins, on a une réunion avec le préfet de police, avec les principaux banquiers, transporteurs de fonds, et tous les vendredis matins avec la police, la gendarmerie, l’armée, etc. On peaufine la sécurité de la semaine. Donc on est très très attentif à ça.

Donc, moi j’ai envie de dire que paradoxalement, la période qui s’ouvre est presque plus sûre que d’habitude parce que même s’il y a des tentations, il y aura tellement de dispositifs de sécurité que, j’ai pas de conseil à donner aux gens malhonnêtes mais moi, je serais eux*, j’attendrais que l’euro passe…

Le changement va être plus ou moins rapide dans les différents pays d’Europe. Tous les pays de l’euro ne procèdent pas pareil. En Allemagne, le passage du mark à l’euro doit se faire du jour au lendemain. En France, nous avons une période de six semaines durant laquelle les deux monnaies auront cours. M.Resseguier admet que ça sera une période difficile pour les commerçants mais il souligne que tous les pays de la zone euro vont avoir besoin de faire face à ce problème:

C’est vrai. Alors, bon, en Allemagne, officiellement en effet, ils font ce qu’on appelle le Big Bang, c’est-à-dire au premier janvier tout est en euros. Dans la réalité c’est un peu plus… c’est à nuancer parce que dans la réalité, les commerçants pourront, s’ils veulent, continuer d’accepter des marks jusqu’à la fin de l’année 2002, et les banques notamment.

Ce qui est souhaitable de toute façon c’est que le plus rapidement possible en effet on passe à une autre monnaie pour simplifier la vie courante des commerçants. Donc nous, notre ambition, et le plan était conçu ainsi, c’est qu’au bout d’une semaine/ quinze jours il y ait quasiment plus de francs qui circulent.

Enfin, il n’y a pas à revenir là-dessus, le franc ne concernera bientôt plus que les collectionneurs. Sa fin est prévue pour 2002 tandis que son origine lointaine… Au fait, de quand date le franc?

Le franc il date de 1360… et il a été créé à l’époque pour payer la rançon de Jean Le Bon, futur roi de France, qui était prisonnier des Anglais. Et ‘franc’, en fait, ça venait de de la franchise, de la libération. C’est le vieux français, d’être franc de quelque chose, ça veut dire d’être libéré de quelque chose. C’est à cette occasion-là, donc, que le franc a été créé.

Mais, c’est maintenant l’époque de l’Union Européenne, même si trois des quinzes pays membres n’adhèrent pas encore à l’euro.

On est confiant, parce qu’on est beaucoup de partenaires et d’acteurs à travailler dans la même direction. Qu’il y ait des petites anicroches, des petits problèmes, c’est inévitable parce que l’opération est de telle envergure que ça ne peut pas se faire sans petits problèmes, hein, et on en connaît déjà bien sûr. Mais, pour l’essentiel, on est confiants. Et on espère que rapidement, cette monnaie soit un élément de ferment européen, et qu’après, ça attire nos autres amis européens qui ne sont pas encore dans l’euro, et notamment nos amis anglais qu’on accueillera avec plaisir.

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