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Le départ d’Yves Saint Laurent

Même si on est un grand créateur, peut-être que, au bout d’un moment, on sent un certain épuisement, surtout dans un type de création qui demande un renouvellement constant. C’est plus calme pour un peintre, justement, il n’est pas soumis à… aux collections de chaque saison, donc je pense que…êpeut-être qu’il y avait un moment où il y avait une certaine fatigue…

Fatigué, Yves Saint Laurent, déçu, le créateur de mode, ruiné, le grand couturier? Toujours est-il qu’il part. Le 7 janvier restera comme une date historique dans le monde de la mode. A soixante-cinq ans, Saint Laurent l’homme annonce, au cours d’une conférence de presse, la fin de Saint Laurent, la maison de couture, fameuse, située au numéro 5 de l’avenue Marceau à Paris.

Ces dernières années, l’entreprise a connu des troubles financiers, les pertes excédant les profits. La maison a été reprise financièrement par Pinaud et associée à Gucci, un groupe de luxe. Le financier Pinaud n’étant pas forcément un mécène et l’artiste Saint Laurent refusant de perdre sa liberté de créer, les choses vont donc s’arrêter là.

Un dernier défilé se déroulera le 22 janvier au Centre Pompidou à Paris. On y verra la rétrospective de 40 années de création. Les clientes pourront alors commander des modèles parmi tous les succès de la maison.

Adieu l’artiste! Dans le ciel de la création, j’ai côtoyé les faiseurs de feu dont parle Rimbaud, dit Yves Saint Laurent dans son discours. J’ai connu la peur et la terrible solitude, la prison de la dépression. Il quitte une scène de dimension tragique. Est-ce bien déjà du passé?

C’est en effet au passé que Nadine Gelas, directrice de l’Université de la mode à Lyon, parle naturellement de lui. L’artiste ne fait qu’un avec son art. Le premier disparaît, privé du second.

Avec sa silhouette éternelle d’adolescent il portait la souffrance sur lui, hein… Je ne sais pas si vous avez vu son visage mais on sentait que c’était quelqu’un qui souffrait. Par là-même, c’était quelqu’un d’attachant et je pense que dans le mythe Saint Laurent, à la fois, c’est sûr qu’il y avait… c’était à cause de son talent de couturier, mais je pense que c’était aussi beaucoup à cause du personnage Saint Laurent, hein de…, du créateur déchiré, torturé…

En observatrice attentive, elle donne un avis réaliste sur l’évolution du phénomène de la mode vestimentaire.

Mais la haute couture, elle ne correspond plus à notre société. Je pense que c’est ce dont s’est rendu compte Saint Laurent aussi, hein. L’évolution fait qu’on n’a plus grand chose à faire de la haute couture si ce n’est de s’en servir comme d’un élément du marketing, donc…

Et d’ajouter:

Je n’aime pas beaucoup le discours ‘tout était bien avant, c’était formidable, la haute couture, et puis maintenant, ça serait moins bien, etc…’ Non, je pense que c’était bien avant et c’est bien maintenant. l’époque change, et voilà, hein!

Saint Laurent est un modèle top pour la jeune génération qui va prendre la relève.

Non, je crois que, quelque part on rêve toujours d’être le prochain Saint Laurent … ils ont en même temps une conception de la mode où ils savent que la mode c’est aussi ce que porte chaque homme ou chaque femme et donc, il y a besoin de.. d’esprits inventifs aussi dans des marques moins prestigieuses mais qui doivent habiller tout le monde.

En habillant les gens, le couturier habille l’époque, à preuve qu*‘elle n’est pas si vilaine que cela quand on sait en prendre soin, comme Yves Saint Laurent l’a fait.

Je pense que sa contribution, ça a été essentiellement de penser la mode en rapport avec l’évolution de la société et l’évolution de la femme, hein, je veux dire… bon… ça a été quand même des grandes révolutions quand il a introduit le fameux smoking, de trouver ses inspirations dans une mode, je dirais, quotidienne, hein…, avec des vêtements, euh… faciles à porter, le trench…. d’ailleurs il l’a dit dans la… dans sa lettre de départ, hein, il a dit que, lui, il avait voulu rendre les femmes plus confiantes, hein… pas seulement les embellir. Je pense que ça, c’est une belle approche des femmes et de la mode.

L’inspiration, elle venait de la rue, par exemple, ça a été un des premiers couturiers à s’inspirer de la rue, par exemple, à voir que la femme prenait de plus en plus d’importance. On dit souvent à propos de Saint Laurent qu’en lui donnant les habits d’hommes, à savoir le tailleur pantalon, par exemple, que en même temps il lui a donné le pouvoir à la femme. Donc ça, c’est une sensibilité aussi à l’évolution de la femme, par exemple…

Il a eu son style Saint Laurent qui était celui de la simplicité. Moi je dirais plus qu’au niveau de la coupe proprement dit, je crois que le talent de Saint Laurent ça a été justement d’introduire des vêtement, bon… je vais pas reparler sans cesse du smoking…. d’avoir fait aussi un emblème du tailleur. C’est une certaine conception de la femme, hein… "l’executive woman", etc… bon…, le caban*, le duffle-coat, par exemple, je veux dire d’avoir introduit un certain type de vêtement. Et puis son autre talent, je pense que il…, c’était un coloriste extraordinaire, d’avoir introduit des mélanges de couleurs, hein, quand on regarde. Peut-être parce qu’il était très influencé par, à la fois sa cohabitation avec l’art, les peintres, hein, bon, donc ça, ça forme l’oeil de coloriste, et puis aussi parce qu’il était, je crois, très influencé par son enfance marocaine, les couleurs du sud, le soleil. Il a toujours été extrêmement sensible aux couleurs et ça, c’était fabuleux.

$Id: 2002_01_act_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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