2002_12_soc_fr

Chapeau!

A la grande Époque du chapeau, ils employaient 2500 personnes dans les 28 chapelleries de la ville de Chazelles, situÉe non loin de St Étienne dans la Loire. Ça faisait beaucoup de lapins…

La dernière usine a fermÉ il y a cinq ans, mais la tradition et le savoir-faire survivent encore, grÂce au très joli MusÉe Atelier du Chapeau.

La conservatrice, Eliane Bolomier, nous explique qu’il s’agit-lÀ de beaucoup plus que d’un simple musÉe :

Très tôt, nous, on a toujours souhaité sauvegarder les savoir-faire, ce que font quand même beaucoup de musées de société. Mais souvent c’est une sauvegarde passive, nous, on souhaitait quand même aller au-delà et pour nous une sauvegarde active c’était déjà avoir des contacts avec les créateurs, c’est ce qui aussi fait qu’on a installé, on a mis en place, on a fondé un centre de formation mode-chapellerie, donc avec intervention de chapeliers et de professeurs de mode, et on forme une soixantaine de stagiaires par an. C’est important de montrer non seulement que le chapeau vit, mais en plus qu’il y a des gens qui font des choses extraordinaires.

Et si vous êtes créateurs vous-même, il y a aussi un concours international. L’édition 2003 vient d’être lancée.

Oui, donc c’est la cinquième édition du concours. Donc, on avait débuté en 95 parce qu’on? donc, c’était surtout pour montrer qu’en Europe, voire même dans le monde, il y avait des créateurs, des jeunes créateurs, parce que bien souvent, la réaction des gens, c’est de dire ‘le chapeau ne se porte plus, c’est un objet du passé’. Donc, c’était pour leur prouver le contraire, qu’il y avait des jeunes créateurs dans toute l’Europe qui créaient des chapeaux. Donc on a eu l’idée de monter* ce concours. Donc on a débuté avec très peu de candidats, puisque la première année on a reçu une cinquantaine de chapeaux et puis donc, il y a deux ans, donc pour la quatrième édition, on avait 125 chapeaux de quatorze pays différents et donc, chaque année on essaie de donner un thème. Donc c’est intéressant aussi de montrer, aussi de voir comment, un petit peu, les créateurs travaillent autour d’un seul thème, puisque la plupart des chapeaux sont présentés durant 4 ou 5 mois au musée. Le thème cette année c’est les matières recyclées. C’est un thème aussi bien à la mode autour de l’environnement et donc l’exposition va s’intituler ‘Métamorphoses’, donc elle ouvrira ses portes le 18 mai jusqu’au dernier week-end de septembre. Donc il y aura une centaine de pièces qui vont être présentées et pour la remise des prix, donc, qui aura lieu le 17 mai, il y aura donc également un défilé de mode, donc, des trente meilleurs créations.

Ce concours en fait s’adresse aussi bien à des professionnels qu’à des amateurs. Nous on accorde beaucoup d’importance quand même à la qualité, à la qualité technique, et on demande à ce que le chapeau soit confortable et portable et original. C’est un jury qui est toujours composé de professionnels de mode, il y a également la maison Hermès qui fait partie de ce jury, puisqu’il y a un prix Hermès.

Pour le simple visiteur, des visites de l’atelier sont organisées. Et comme on l’apprend, tout commence avec les lapins:

Donc le poil quand il arrive, il arrive de Coupery . Ce sont des usines qui récupèrent les peaux dans les abattoirs. Ils rasent le poil et ce poil arrive, donc, par sacs de 2,5 kilos dans les chapelleries. Et quand ce poil arrive, il n’est pas très propre. Il a encore des petits morceaux de peau, donc il va falloir le nettoyer, et c’est le travail de la souffleuse.

De ce côté il y a le bastisseur qui pose un cône dans la machine, un cône perforé qui tourne sur lui-même. Quand il va fermer les portes, le mécanisme se met en route et les poils arrivent par le haut et une très forte aspiration se fait par le bas. Donc les poils vont venir se plaquer contre le cône. Il rouvre les portes – ça dure deux minutes- il rouvre les portes et en tirant sur la manette, il va arroser d’eau chaude toute la surface du cône, pour coller les poils. Ensuite il sort son cône. Il le suspend et il enlève délicatement la cloche. Elle est très fragile. On dirait une toile d’araignée. Celle-ci a déjà été un petit peu feutrée, sinon elle ne tiendrait pas.

Vous voyez qu’on démarre grand pour ensuite, après feutrage, arriver à une plus petite dimension et elle aura perdu quatre cinquième de sa grandeur.

Donc on a plusieurs cônes : celui-ci pour faire les chapeaux à haute forme, à calotte plate, celui-ci sert à faire des manchons – ce sont des bandes de tissu qui vont servir au garnissage ou aux modistes* pour faire des chapeaux cousus – celui-ci là-bas sert à faire le béret des chasseurs alpins** qu’on appelle la tarte – c’est le seul béret en poil de lapin – et celui-ci servait pendant la seconde guerre mondiale quand les Allemands avaient réquisitionné les usines à Chazelles pour fabriquer des chaussons pour leurs soldats qui partaient sur le front russe, voilà, car c’est très résistant et imperméable.

Donc je vous l’ai dit, la cloche elle est très fragile, on dirait une toile d’araignée, donc, pour la feutrer, on ne va pas la passer directement à la machine. On va lui donner un premier feutrage manuel. Et c’est le travail du semousseur.

Après il y a le travail de finition à faire:

Vous avez celui-ci, c’est le feutre ras, c’est le plus commun. Celui-ci, c’est le flamand, il a un aspect fourrure. Et celui-ci s’appelle le ‘taupé’, il a un aspect velours, c’est le plus beau, mais aussi le plus cher. Pour obtenir un feutre ras, on utilise une ponceuse, avec un papier de verre* très fin. Un travail difficile car il ne faut pas faire de trou, sinon la cloche serait mise à la poubelle. Pour le flamand, au départ on choisira du poil de lièvre, car il est plus long. Et avec cette machine, la carleteuse, cette petite brosse métallique va venir tirer le poil et lui donner cet aspect fourrure. Pour le taupé, le plus beau, le plus doux, on va utiliser une peau de chien de mer. Le chien de mer, c’est un requin, et quand sa peau est sèche, elle râpe, elle a des petits crochets et on dirait une râpe.

Alors ici donc on arrive, donc, à l’appropriage. Alors l’appropriage pour transformer la cloche en chapeau, eh bien il faut des moules, des formes. On en a pas mal. Vous pouvez reconnaître quelques formes comme les casquettes, le calot militaire, canotier, béret des chasseurs alpins. Alors tous ces moules c’est du bois de tilleul. C’est un bois qui ne tache pas le feutre et surtout, eh bien il résiste à la vapeur.

Le chapeau aujourd’hui n’est plus, bien sûr, de rigueur. Mais le déclin a entamé une nouvelle vie, comme une affirmation d’individualité et de style. Il faut être osé* pour porter un chapeau aujourd’hui et selon madame Bolomier ce sont plutôt les jeunes générations qui le font:

Que ce soit chapellerie de feutre de poil ou chapeau de paille ou chapeau de tissu, il y a eu un déclin dans les années 1960, parce qu’on portait tout simplement de moins en moins le chapeau, et pourquoi on portait pas le chapeau, plus le chapeau? C’est parce que c’était une question de mode, une question de changement de vie, de mentalité. Dans les années?peut-être plus tard même, 68, 70, un petit peu après le mouvement*, il y a eu le rejet du chapeau qui était apparenté à la bourgeoisie, à la contrainte? et on peut dire que depuis les années 1990 au contraire il y a une renaissance du chapeau et que le chapeau est aujourd’hui porté par des jeunes.

Philippe Noiret, Michel Serreau, sont des hommes qui portent encore un chapeau et de très très beaux chapeaux. Certains films ont eu un rôle considérable, par exemple, le film ‘l’Amant’, je ne sais pas si vous l’avez vu, cette jeune femme qui porte un très beau chapeau d’homme, qui a été d’ailleurs fabriqué par la maison Motsch-Hermès, il y a eu ensuite un engouement pour le chapeau et cette forme-là et notamment par les jeunes.

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