2003_02_act_fr

La France face à l’Irak

Je crois que la France n’a absolument pas oublié l’histoire. Elle ne veut simplement pas qu’elle se reproduise forcément et c’est précisément l’existence des conflits, que, je crois? en tout cas, moi je ne peux pas parler pour tous les Français, mais au moins je peux parler pour moi et pour ceux que je connais, ils n’ont pas envie que les conflits se reproduisent.

Nous sommes contre les interventions militaires qui tuent des femmes et des enfants innocents, ça, nous sommes fondamentalement contre. Nous ne sommes pas des pacifistes béats, mais nous sommes contre des interventions militaires qui tuent des femmes et des enfants complètement innocents.

Les militants contre la guerre en Irak sont formels. Il n’y a pas de raison – à l’heure actuelle en tout cas – de précipiter une deuxième guerre du Golf.

La résistance de la part du Président Jacques Chirac aux pressions américaines n’a pas fait plaisir aux gouvernants des Etats-Unis. Beaucoup de commentateurs américains ont du mal à comprendre comment la France peut être aussi ‘ingrate’, après les sacrifrices faits par les États-Unis en Europe pendant les deux guerres mondiales.

En France cependant les sondages montrent un soutien quasi-unanime à la position de Chirac. Le passé est reconnu. Mais, pour la grande majorité des Français, il n’a pas à être utilisé pour acheter le soutien à une guerre injuste et imprudente.

Sylvie Guillaume a participé à l’organisation de manifestations contre la guerre:

Je crois que la France est très sensibilisée par nature à l’hypothèse de conflit. On a eu sur notre sol récemment, au siècle dernier deux conflits mondiaux et je crois que les Français sont assez sensibles à ça. Je crois également que ce qui se traduit par cela, c’est la volonté de résoudre les problèmes par la diplomatie, par le dialogue et pas par la nécessaire intervention militaire. Ça ne veut en aucun cas dire que nous cautionnons le régime ou monsieur Saddam Hussein par ailleurs.

Et puis vous savez, les médias américains critiquent la position de la France. C’est tout à fait leur droit. Ils le font quelquefois de façon un peu outrancière et en caricaturant. Et moi, j’aimerais bien aussi que les médias américains s’intéressent aux voies de la paix en Amérique aussi, parce que on ne s’en rend pas trop compte, ça n’est pas trop relayé*, mais je crois qu’il y a aussi aux Etats-Unis un très fort courant pacifiste qui ne veut pas de cette guerre.

Ahmed Khenniche, le Président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, pense que le gouvernement américain perdrait son autorité s’il engageait une guerre sans le soutien de l’ONU:

Eh bien ça ferait la démonstration que Bush est un va-t-en guerre qui ne s’intéresse pas aux opinions publiques puisque la majorité de l’opinion publique française et internationale est contre cette guerre, ça fera la démonstration qu’il a un mépris total pour l’opinion publique du monde.

Notre réponse au problème actuel, c’est que on peut se débarrasser de Saddam Hussein sans faire une guerre avec des répercutions mondiales, une guerre qui va assassiner, le mot est encore pas assez fort, des femmes et des enfants complètement innocents.

Michèle Bacot-Décriaud, chercheuse à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, craint la perte de l’autorité des Nations Unies:

Après la deuxième guerre mondiale, on a mis en place une organisation qui est là pour gérer les crises. Cette organisation prend des résolutions; la moindre des choses c’est de les appliquer et de pas vouloir décider de passer outre quoi qu’il arrive, et donc, la position? je pense que la position de la France est liée d’une part au fait que aucun pays ne peut vouloir faire la guerre à tout prix et que d’autre part, il y a? il y a eu des échéances et qu’il faut les respecter. Il y a des inspecteurs sur le terrain, voyons ce qu’ils vont rapporter comme éléments. Pour le moment, les preuves on n’en a pas véritablement, donc je pense qu’il faut laisser faire les choses et donc, je dois dire que je comprends assez la position française.

Je pense que si les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Irak sans mandat du conseil de sécurité, bon, là c’est grave parce que ils vont faire voler en éclat une organisation qui avait déjà un petit peu été mise à mal au moment de la guerre du Kosovo, puisque là, c’est pareil, ils étaient intervenus sans mandat du conseil de sécurité. Donc, je trouve que là, de ce côté-là c’est dangereux parce que même si l’ONU, bon? on l’a beaucoup critiquée. Elle a pas toujours fonctionné au mieux. N’empêche qu’elle a fonctionné et qu’on peut se demander ce qui se serait passé s’il y avait pas eu d’ONU depuis 1945.

La crise sur l’Irak a aussi exposé les divisions à l’intérieur de l’Europe, au moment où l’on essaie de construire une politique commune au sein de l’Union Européenne. Mme Bacot-Décriaud affirme que ce sont surtout les gouvernements qui soutiennent la politique des États-Unis envers l’Irak qui ont montré un manque de respect pour les institutions européennes.

A l’heure actuelle, il y a une politique étrangère et de sécurité commune qui a été mise en place à partir du traité de Maastricht. Elle fonctionne sur le mode intergouvernemental et, bon? on a des États qui ne jouent pas le? des États membres qui ne jouent pas le jeu européen, et qui, alors que le conseil de l’Union a pris une position, se permettent d’écrire une lettre particulière de soutien au président Bush avant, bon? que le conseil de sécurité se soit prononcé. Donc, je pense que ceci tient, en fait, essentiellement à leur histoire, à leur histoire diplomatique. En tout cas, pour certains, les liens entre le Royaume Uni et les Etats-Unis sont bien connus. Bon? l’Espagne, oui?, l’Espagne avait rejoint le giron de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, donc, est-ce qu’elle veut donner des preuves de sa bonne volonté L’Italie actuelle? l’Italie ancienne ça aurait été surprenant. L’Italie de Berlusconi, euh? on peut se poser des questions. Quant au Danemark, franchement, sa position, dans la mesure où en dehors, dans le cadre de l’Union Européenne, il est en marge de tout ce qui est politique de défense, bon? ça conduit quand même à se poser des questions. Quant aux États qui sont candidats, qui n’ont pas encore vraiment? qui n’ont pas adhéré et qui se permettent ce type de réaction, moi ça me fait poser des questions sur l’avenir de la politique étrangère et de sécurité commune, hein?

Je pense que quand même le problème c’est que si l’Europe n’arrive pas à parler d’une seule voix dans le cadre de crises comme celle-ci, bon, la politique étrangère et de sécurité commune aura du mal en fait à se réaliser.

$Id: 2003_02_act_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Scroll to Top