2004_04_cul_fr

Massaro – une dynastie de bottiers

Je crois qu’il faut reprendre les.. la phrase de Raymond Massaro qui dit «Depuis plus d’un siècle la maison Massaro habille entièrement le pied à la main.»

Quand elles ont besoin d’être bien chaussées, les femmes riches n’ont pas besoin de réfléchir où il faut aller: elles se précipitent chez Massaro.

Pourquoi un tel engouement pour cette maison mythique? Il suffit de visiter la rétrospective qui lui est consacrée au Musée international de la chaussure de Romans, pour tout comprendre. Marie-Josèphe Bossan, conservateur:

C’est une dynastie de bottiers, donc c’est la transmission du savoir de père en fils, c’est toute l’histoire d’une famille installée dans le même lieu, c’est- à -dire rue de la Paix depuis 1894, donc la fameuse botte de la duchesse d’Uzès qui est la pièce la plus ancienne de l’exposition, qui date de 1894, donc a été fabriquée rue de la Paix et si vous regardez par exemple les derniers modèles des défilés de Chanel avec une botte de l’hiver 2003/4 qui termine l’exposition, eh bien, là aussi cette botte tout à fait contemporaine a été fabriquée rue de la Paix.

Au fil des années et des générations, leur réputation est établie. De la comtesse Bismarck à Paloma Picasso, en passant par Elizabeth Taylor ou Romy Schneider, les femmes les plus glamoureuses de leur époque ont été séduites par les artisans de Massaro:

… une clientèle de prestige, par exemple, avec les chaussures de scène de Marlène Dietrich ou les chaussures de Barbara Hutton ou celles de Mouna Ayoub ou par exemple les moccasins du roi Hassan II puisque Raymond Massaro en était le bottier et c’est un petit peu une parenthèse dans cette exposition puisque ce sont essentiellement des chaussures de femme qui sont présentées.

Pourquoi? Le travail de conception et de finition qui saute aux yeux quand on regarde les modèles exposés en est la première explication. Et puis, bien sûr, parce que chaque chaussure est unique:

Le sur mesure, en fait c’est pas si… ça se fait en plusieurs étapes, il faut d’abord prendre les mesures du pied … ensuite il y a une espèce de carcasse en fait qui… on travaille la forme, si vous voulez, qui va être, en quelque sorte, le noyau central sur lequel la chaussure va être montée, on fait ensuite ce que l’on appelle une espèce de carcasse, qui est une espèce chaussure d’essayage, qui n’est pas faite dans les matières définitives, qui est faite avec des peaux plus simples, et puis après on fait les retouches nécessaires pour pouvoir allier confort et élégance et c’est seulement après que l’on réalise la chaussure qui est donc prête à chausser *.

Aujourd’hui, le premier prix d’une paire de chaussures Massaro tourne autour de 2000 euros. Pour les créations de luxe, ça peut aller jusqu’à dizaines de milliers d’euros. Mais même à ce prix-là, les clients ne manquent pas:

Je crois que c’est le dénominateur commun de tous ces bottiers et de l’univers du sur mesure, c’est qu’ils ont des clientes qui viennent régulièrement commander donc des chaussures souvent en très très grande quantité et Raymond Massaro vous dira que certaines clientes donc commandaient pratiquement à l’année avec des livraisons de deux paires de chaussures, jusqu’à trois paires de chaussures par semaine.

Au niveau du design, les chaussures Massaro ont laissé leurs empreintes sur chaque époque, et surtout pendant les années cinquante quand Raymond Massaro travaillait en tandem avec Coco Chanel:

C’est Raymond Massaro qui avec… c’est la maison Massaro qui avec Coco Chanel avait inventé cette sandale bicolore qui a, on le sait, vraiment eu un énorme succès, qui après a été énormément copiée de par le monde, aussi bien dans le sur mesure que dans l’univers de fabrication industrielle et cette chaussure était déclinée souvent en coloris différent, c’est-à-dire soit le bout noir et la chaussure beige, soit la sandale, soit le contraire…

Il y a des innovations dans la forme:

Cette sandale avec une espèce de semelle à plate-forme légèrement détachée qui donne plus de souplesse et qui permet de marcher plus confortablement tout en étant, tout en restant une chaussure élégante, ou alors les spectaculaires escarpins, avec des jambes de femme qui ont été réalisés par Raymond Massaro pour Alaiah.

Et des modèles qui sont devenus des témoignages de l’histoire:

Comme par exemple l’extraordinaire chaussure bleu blanc rouge qui avait été réalisée par la maison Massaro en l’honneur de la libération de Paris, donc une pièce que l’on peut qualifier d’historique.

Aujourd’hui une nouvelle génération manie la tradition de la maison Massaro:

Avec l’arrivée de Karl Lagerfeld on entre dans un univers différent mais qui marque quand même une continuité, car si Karl Lagerfeld s’inspire du passé l’eau ne remonte jamais à la source et il invente quelque chose de neuf et c’est ainsi que l’on peut voir par exemple avec une espadrille en toile avec le bout en noir et blanc, une traduction de la vision initiale de la sandale bicolore des années 50s.

Au Musée international de la chaussure de Romans il y a une magnifique collection permanente de chaussures, retraçant l’évolution de la chaussure de l’époque égyptienne à nos jours avec des centaines d’exemples uniques au monde. Donc, ça vaut le détour à n’importe quel moment de l’année. Mais si vous avez l’occasion d’y aller pendant l’exposition Massaro, qui dure jusqu’au 2 mai, il ne faut pas manquer ça:

Sachant que le 2 mai est le printemps des musées, c’est une grande manifestation qui se passe dans toute la France et le musée donc sera ouvert gratuitement ce jour-là et nous attendons bien sûr de nombreux visiteurs et vous y êtes tous très cordialement invités.

$Id: 2004_04_cul_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

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