2005_02_cul_fr

L’envie de faire de la belle musique

Il s’agit d’une histoire romancée dont le succès mondial a créé une deuxième histoire – vraie, celle-là – tout aussi fascinante que celle qui a été imaginée pour le film : le bouleversement de la vie des jeunes choristes qui ont chanté dans ce film et de leur chef de choeur. Ce sont les Petits Chanteurs de Saint-Marc. Leur chef, Nicolas Porte, nous conte deux années pas comme les autres :

Alors les Petits Chanteurs de Saint-Marc, c’est un choeur d’enfants que j’ai créé en 1986 au collège Saint-Marc, où nous sommes là en ce moment, et lorsque je suis arrivé, comme professeur de musique, j’ai voulu créer un projet original autour de la musique et notamment de la musique vocale avec des enfants puisque moi-même, enfant, j’ai chanté et je voulais leur donner un projet artistique intéressant, dans le cadre de leur scolarité, en disant : il y a l’école d’une part mais aussi, s’ils veulent être des petits musiciens et travailler avec leurs voix, on peut leur donner des opportunités, des possibilités donc musicales de découvrir la musique grâce à leurs voix. J’avais un petit peu à l’idée les choeurs anglais, les choeurs allemands, un petit peu ce qui se passe en Europe sachant qu’en France il n’y a pas énormément de choses encore là-dessus. Voilà ! Donc c’est un choeur qui existe maintenant depuis bientôt vingt ans et qui avait déjà fait beaucoup de choses, beaucoup de tournées, beaucoup de disques mais qui avait sa propre vie artistique et puis qui s’est révélé au grand public grâce au film.

Alors on a été contactés par la production de Jacques Perrin lorsque le réalisateur Christophe Barratier recherchait un choeur d’enfants pour enregistrer la bande originale du film. Et ils ont, en fait, contacté beaucoup de choeurs d’enfants à travers toute la France. On envoyait un enregistrement de ce que l’on faisait, de ce que l’on savait faire et, à partir de là, ils sont venus nous rendre visite, dans le cadre de nos répétitions, de concerts, et ils ont tout de suite aimé le son du choeur, l’émotion qui se dégageait de ces voix d’enfants. Et puis, il y avait aussi, donc, Jean Baptiste, dans le choeur, qui était déjà un soliste à l’époque et qui pouvait très très bien jouer ce premier rôle enfant dans le film des Choristes. Donc ils ont trouvé l’ensemble de ce dont ils avaient besoin pour la musique, pour le film, chez nous.

Moi, j’ai travaillé sur le film puisque j’étais le coach de Gérard Jugnot. J’ai fait travailler aussi les enfants sur le film. Je crois que le film, il est assez vrai quant au rôle réel d’un chef de choeur. C’est-à-dire qu’on n’est pas là, en tant que chef de choeur, avec des enfants pour se mettre en valeur soi-même. On est là pour faire plaisir à un public. Donc on est là pour préparer des enfants à donner le meilleur d’eux-mêmes. Et, en fait, on a un moyen, grâce à la musique, de faire grandir des enfants. Mais, une fois que ces enfants ont appris leur répertoire, une fois qu’ils savent chanter, une fois qu’ils sont en représentation, l’important, c’est pas le chef de choeur, c’est la relation qu’il y a entre le choeur et le public. Alors le chef de choeur, il est là, effectivement, pour permettre cette relation, cette bonne relation et pour que ça se passe bien mais c’est pas un rôle. On n’est pas sur le devant de la scène et c’est pas du tout notre rôle. Alors c’est vrai que, dans ce sens-là, on peut s’identifier quelque part à Clément Mathieu. Il y a des enfants dont on révèle les talents dans une chorale. Certains enfants, plus anciens, qui étaient dans le choeur ont, aujourd’hui… font de la musique professionnellement dans différents ensembles vocaux ou avec un instrument. C’est très bien. On leur a permis d’avoir une profession dans la musique, une profession artistique. C’est notre but et il y a un but d’éducateur avant tout.

Ce que l’on montre dans le film, c’est un système d’éducation après guerre, etc. Aujourd’hui, évidemment, l’éducation c’est plus ça mais les enfants ont d’autres soucis. Il n’y a aucun milieu social dans lequel les enfants peuvent dire qu’il n’y a que du bonheur. Les familles sont des familles recomposées*. Les enfants vivent des choses familialement, socialement qui sont pas forcément faciles tous les jours, professionnellement, il y a des parents qui sont au chômage, qui vivent des choses qui sont pas forcément amusantes et, nous, dans le choeur on a beaucoup d’enfants qui sont des enfants, je dirais, ordinaires, avec les soucis de tous les enfants d’aujourd’hui. Et c’est vrai que -et ils le disent eux-mêmes- que lorsqu’ils viennent ‘Aux Petits Chanteurs’, lorsqu’ils viennent chanter, on est tous égaux. On a tous envie d’une même chose, c’est-à-dire de travailler, de faire de la belle musique, de se faire plaisir et par le plaisir qu’on se procure, de procurer ce plaisir-là aux gens qui viennent nous entendre. Donc, c’est vrai qu’il y a une certaine rédemption par le chant. Il y a un bonheur par le chant. Il y a le fait que, quand on chante, on oublie tout le reste. Et les enfants, en fait, même dans notre choeur qui pourrait être considéré comme un choeur d’enfants privilégiés, ils mesurent beaucoup ce pouvoir de la musique là.

Pour nous, c’était simplement l’occasion donnée à des enfants, grâce à leurs voix, de faire une expérience un petit peu nouvelle, de travailler avec le cinéma mais on n’avait absolument pas calculé le phénomène que ce serait aujourd’hui et puis le succès que ça serait aujourd’hui. Pour nous, c’était simplement de participer, vocalement, à ce film et l’on se disait que s’il y a dix, quinze mille disques qui vont se vendre ensuite et puis s’il y a un million de personnes, un million et demi de personnes qui vont au cinéma le voir, ça sera déjà un beau succès. Aujourd’hui, en France, on est à plus d’un million et demi de disques. Il y a pratiquement neuf millions d’entrées au cinéma et puis c’est, actuellement, un très très gros succès en Espagne, c’est un très gros succès à Taiwan, en Corée, c’est un gros succès aux États-Unis. Il y a beaucoup d’invitations maintenant, des plateaux télévision, bien sûr, mais beaucoup de festivals, beaucoup de maisons de disques qui veulent faire des choses.

Donc c’est vrai que maintenant, on doit choisir tout ce qu’on nous propose. Ça a changé un petit peu l’organisation aussi parce que, comme on fait beaucoup plus de concerts, il y a des lois en France sur le travail des enfants, sur beaucoup de choses sur lesquelles il faut être très vigilant et très attentif donc dans l’organisation de notre structure. Et puis, évidemment, ben, la notoriété, ça change beaucoup de choses parce que ça devient très exigeant. Je veux dire : les enfants maintenant, on découvre sur un enregistrement mais quand ils sont sur scène au Palais des Congrès de Paris ou dans des Zéniths, en France ou à l’étranger, il faut pas décevoir donc c’est encore plus de travail qu’avant en fait.

Plus heureux ? Oui, on est très heureux que le chant choral aujourd’hui ait cette ?, soit mis en valeur comme ça, aujourd’hui, en France parce que c’était pas forcément gagné d’avance. Donc, tout d’un coup, les gens découvrent que ce que d’autres enfants ont fait avant, les petits chanteurs d’aujourd’hui mais ce que moi je fais depuis vingt ans, ce que d’autres font depuis plus longtemps eh bien, que c’est pas ringard, que c’est intéressant, que c’est de la belle musique. Bon, ça c’est bien. Maintenant, on est dans un milieu où on doit, avec des enfants, je dirais un petit peu un milieu aussi show-business, un milieu d’affaires, où il y a d’autres enjeux économiques, commerciaux, qui sont pas forcément faciles à gérer tous les jours. Ouais, ça, ça a vraiment changé et, si on n’est pas vigilant là-dessus, si on est pas attentif à tout ça, ça peut vraiment changer une façon de fonctionner. On a beaucoup de demandes. On pourrait basculer vers la facilité*. Le succès, aujourd’hui, que l’on a, on pourrait faire énormément de choses qui nous donneraient encore plus de succès. Ben ça serait peut-être de façon très éphémère. C’est-à-dire : est-ce qu’on veut être uniquement un phénomène de mode ou est-ce qu’on veut ancrer quelque chose de plus fondamental en disant : ce que vous avez découvert aujourd’hui, c’est ce que nous, on fait depuis vingt ans et d’autres depuis encore plus longtemps et vous verrez, ça peut durer très longtemps parce que la musique, le chant choral, c’est très beau. Ça ne passe pas forcément toujours par des plateaux télévision.

Le choeur, qui est une association, est rémunéré pour ses prestations. Et cette rémunération, qui est plus importante maintenant de par le succès, permet pour nous de développer la structure qui était une structure fragile parce qu’il y a des professeurs qui font travailler les enfants, qui ont une rémunération de professeurs depuis plusieurs années. Et c’est de se dire, ben maintenant, on a plus besoin de se poser de questions pour l’année prochaine ou pour dans deux ans parce que, grâce à ce succès, notre situation, elle est pour quatre, cinq ans, six ans, on sait où on va et on sait ce qu’on peut développer. On peut passer de quarante enfants il y a deux ans à soixante-cinq cette année, à quatre-vingts l’année prochaine. On pourra avoir plus de professeurs, plus de cours de musique pour les enfants. Ce sont les enfants directement qui bénéficient de cet argent qui peut arriver pour ‘Les Petits Chanteurs’.

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