2005_03_cul_fr

Le retour aux racines

Non mais j’aime pas avoir toujours les mêmes plantes que chez le voisin. C’est pas beau. Faut personnaliser ! Alors, c’est pour ça qu’on vient toutes les années, pour en acheter d’autres. Puis aujourd’hui on a un beau temps. C’est merveilleux. 

Le soleil du printemps est enfin arrivé en France, et c’est pour le plus grand plaisir des jardiniers. Pour ceux qui ont le bonheur d’en avoir un, l’aménagement du jardin offre l’occasion d’exprimer sa personnalité. Chez les jardiniers français rencontrés à la Foire des Plantes Rares à Saint Priest la semaine dernière, on distingue au moins six catégories.

D’abord il y a les instinctifs – les gens qui savent spontanément ce qu’ils aiment. Voilà une dame qui arrive maintenant. Son mari porte un grand arbuste aux jolies feuilles orangées:

– C’est un técomatia. C’est une plante méditerranéenne que j’avais vue dans le midi cet été. Et, donc…, et on a une maison qui est bien exposée. Donc comme il faut que ce soit en plein soleil, il n’y a pas de problème. Mais, voilà, il faut quand même la rentrer l’hiver parce qu’il ne fait pas assez chaud chez nous l’hiver. Autrement, bon, c’est une foire où on vient pratiquement toutes les années. On aime bien les fleurs qui sortent de l’ordinaire. On a été obligés de faire une serre pour les mettre l’hiver dedans. La véranda est pleine aussi l’hiver. J’aime beaucoup les fleurs. Donc voilà, on est à notre aise là, voilà.

Les jardiniers tendance veulent le plus beau jardin du quartier. Ils repèrent leurs idées dans les magazines ou chez les voisins.A la pépinière Dewost à Saint Nexans en Dordogne, on a remarqué que ces derniers temps des voisins étrangers avaient eu de l’influence sur les jardins français:

– Moi, je trouve qu’ils ont beaucoup changé, quand même, depuis que les Anglais sont arrivés. Surtout nous, on est en Dordogne et on a beaucoup d’Anglais par chez nous qui ont créé des jardins totalement différents de ce qu’on avait l’habitude de voir dans la France profonde. Et c’est vrai que les gens s’y sont mis beaucoup maintenant. Et, dans mes clients, on voit beaucoup de gens qui sont influencés par les goûts des Anglais. Ça, c’est énorme. On ne met plus les clématites ou les rosiers collés sur les murs. On utilise les plantes différemment. C’est vrai que, pour nous, c’est plus intéressant. On est de plus en plus sur des clématites à petites fleurs qui fleurissent plus longuement plutôt que sur les très grosses fleurs rouges qu’on voyait ou bleu traditionnel. Et c’est un petit peu la même mode dans les rosiers où on retourne sur des choses plus naturelles que les roses qu’on appelle des fleuristeries, qui sont très belles, très turbinées, mais qui, dans les jardins, sont peut-être moins intéressantes ou, tout au moins, moins à la mode.

Mme Dewost a de quoi faire un jardin de rêves :

– D’exceptionnel aujourd’hui ? Des clématites qui sont des hybrides japonaises récentes et beaucoup de clématites herbacées. C’est-à-dire des clématites que vous utilisez dans les mix-bordeurs , dans les massifs, qu’on travaille plus comme des plantes vivaces que comme des plantes grimpantes.

Les collectionneurs fuient les tendances au contraire. Ils détestent les contraintes du contexte culturel, ce qu’ils cherchent avant tout c’est la beauté pure. Roger Brun est horticulteur près de Saint Remy de Provence :

– Vous avez là ‘carissa brindiflora’. C’est un petit arbuste qui est originaire d’Afrique du Sud, qui fait des fleurs blanches qui sont délicieusement parfumées, qui fait un fruit comestible. C’est une plante très très intéressante.

Aller à contre-courant ne donne pas le jackpot commercialement, mais c’est un combat noble:

– Ah bien, c’est pas rentré dans les moeurs. Ça va se faire. Ça se fait petit à petit mais c’est… les gens ils sont intéressés… ont d’autres centres d’intérêt, voilà. Et pourquoi ? C’est difficile à savoir. C’est pas moi qui vous le dirais. Nous, on cherche pas tellement, on cible pas tellement les modes. Nous, on propose des plantes qui nous intéressent et puis on essaye de les faire connaître et de les diffuser, ce qui fait que ça finit par intéresser beaucoup de monde.

Les astucieux cherchent l’adaptation au terrain. François Grouin et ces collègues de Domme ont gagné la Feuille d’or de la foire pour leur présentation de plantes pour terrain sec:

– Donc c’est un sempervivum, la variété hayling, qui est une plante donc que François a un peu mise en valeur pour sa résistance au terrain sec. Voilà ! Et avec une couleur après…donc voyez la couleur actuellement qu’elle a : elle a un petit peu de grenat à l’intérieur des feuilles et le reste est encore vert. Et plus le Printemps va passer, avancer, plus le grenat va sortir de la plante et il restera juste un liseré vert à la feuille, à l’extrême extrémité des feuilles. Voilà, donc ça fait vraiment une plante. En fait, voilà, ces plantes sont intéressantes parce qu’elles ont des habits divers en fonction des jours qui sont plus courts, et après les habits changent. Les habits d’été avec des jours plus longs.

– Alors ce sont des plantes, en fait, de rocaille, beaucoup, donc, qui tapissent dans un coin, entre les rochers, souvent dans les endroits où rien ne peut pousser. Eh ben, ces plantes-là sont tellement résistantes que…, et elles s’installent dans des murets aussi. Elles peuvent redescendre sur le mur. Eh bien, oui, c’est une passion parce que c’est des plantes jolies qui ressemblent à des fleurs, déjà, par le feuillage. Elles ont la forme de roses. On appelle ça du feuillage disposé en rosette, et elles ont la possibilité de changer de couleurs. On peut les associer dans des petits jardins japonais, des petits bacs avec des faucilles, avec des galets, des boues, des belles pierres. Ça peut permettre à des gens qui ont pas trop de jardin d’avoir un petit jardin miniature, secret, chez soi. Le public averti dans des expos comme celle-ci, oui bien sûr, il commence à bien libérer sa sensibilité à ce genre d’organisation au niveau des plantes, de diversité dans les plantes. Et le fait simplement d’avoir des petits jardins de présentation sur mon stand, ça donne envie. Il y a beaucoup de gens qui se disent : “Tiens , je vais le faire”. Ils prennent la barquette, ils achètent six godets et ils vont faire leur petit jardin.

Mais tout cet exotisme peut paraître étrange , on peut toujours chercher la beauté dans la tradition. Le grand-père de François Combe-La Boissière a commencé à cultiver des dahlias en 1922. Aujourd’hui François perpétue l’entreprise familiale:

– Je suis producteur dans la Drôme. On a 300 variétés de dahlias et on crée des nouvelles variétés donc… et parmi ces variétés-là il y en a une que j’ai présentée l’année dernière au parc de Vincennes et qui a eu le premier prix des fleuristes qui s’appelle Stefarno, qui est un beau dahlia rouge rubis et qui a eu donc le premier prix au parc de Vincennes. Quand on est dans les dahlias comme ça, on est passionné, quoi. Il y a beaucoup de choses à faire. Il y a beaucoup de choses à créer. Le dahlia, c’est le dahlia variabilis. On a toutes les … On n’a pas encore trouvé toutes les formes qui vont être trouvées. On n’a pas trouvé toutes les couleurs encore mais il y a vraiment des milliers et des milliers de variétés qui ont été créées et il y a encore d’autres choses à faire.

Et quand on est amoureux on ne voit que des qualités :

– Alors, le dahlia, c’est une fleur qui a l’avantage de fleurir dès la fin juin et ce jusqu’à la Toussaint sans s’arrêter. Il suffit d’enlever les fleurs fanées, de l’entretenir un peu et de l’arroser, plein soleil, et la magnificence du dahlia, c’est tout l’automne, quoi c’est… quand toutes les autres fleurs commencent à se fatiguer le dahlia est le plus beau. On l’appelle aussi le Prince des Jardins.

Notre dernière catégorie de jardiniers est celle des conteurs : pour eux il y a presqu’autant de plaisir à explorer l’histoire d’une plante qu’à la regarder. Pour Jean-Claude Nicolas, la reine des fleurs est la rose ancienne:

Originellement, on les trouvait en Hollande. Alors ce sont les Hollandais qui ont les premiers dans les roses galliques, qui ont donc ramené, vendu leurs roses galliques en France; qu’on s’est empressé de débaptiser parce que les roses hollandaises portaient des noms qui ne disaient rien aux Français. Alors vous avez des noms comme : Bizarre, Triomphant, Belle sans Flatterie, Assemblage de Beauté ; c’était les noms qu’on donnait à ces roses-là à l’époque. Mais, auparavant, elles portaient des noms hollandais difficiles à prononcer pour un Français d’ailleurs.

Pour faire fleurir sa passion, il a adhéré à l’association des Roses anciennes en France:

– Et il y a une jeunesse, il y a une vigueur, il y a un besoin de savoir qui caractérise notre association et, moi, ça me donne des ailes, si vous voulez, ça me motive énormément alors que… moi ici… Ici on est tous une grande fratrie, une grande famille et on partage les joies et les émotions.

Quelle que soit l’approche, l’important est d’y trouver du plaisir. Ces deux jeunes retraités se reposant sur un banc en plein soleil nous montrent bien l’exemple:

– C’est mon épouse qui a trouvé beaucoup de choses. On est… nos épouses, c’est les deux soeurs. Elles sont en train de se promener par là à travers pour choisir encore des plantes. Oui, on a encore des sacs. Elle aime bien ça puis elle essaye de faire partager sa passion à beaucoup de gens, surtout les voisins. Alors, ils viennent quand on a fini. Ils viennent voir ce que l’on a acheté, et puis après, ils vont acheter. Comme on prend des plantes rares et puis qu’on les trouve pratiquement qu’ici, ils achètent mais c’est pas les mêmes. Vous savez dans un jardin, 25 ans dans une maison, il y a toujours une année où vous enlevez quelque chose, parce que bon… Il y a le gel, il y a ce qui vieillit et puis on améliore ; on déterre, on donne à quelqu’un d’autre et puis on remet des nouvelles plantes. J’aime des fleurs toute l’année et c’est très rare. Alors on recherche des arbres, des arbustes à fleurs. Regardez celui-là ! L’année prochaine, il va être sûrement beau. Toujours des arbustes à fleurs. Et puis, j’ai une haie vive. Vous savez quand vous mettez une haie de troènes, une haie de lauriers, c’est pas joli. Mais quand vous mettez différentes essences d’arbres, c’est beau. Il y a toujours quelque chose. Et puis moi, ce que j’aime c’est les oiseaux qui viennent chez moi parce qu’on a onze ou douze cages à graines pour nourrir les oiseaux l’hiver. Alors, c’est quand même joli le matin quand vous avez un gazouillis qui vous réveille. C’est pas beau ça, hum?

$Id: 2005_03_cul_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Scroll to Top