2008_04_soc_fr

Une femme en France

Qu’est-ce qu’être une femme en France ? La question est vaste et pour tenter d’y répondre autant se pencher sur la condition des femmes dans le monde du travail. Les inégalités salariales perdurent, la gente féminine est aussi majoritaire dans les emplois précaires.

Reportage de Cécile Mathy

Dans le monde professionnel, la femme est loin d’être l’égale de l’homme. L’écart mensuel de salaire entre les deux sexes est de l’ordre de 25%. Hamida Ben Sadia est membre de La Ligue des droits de l’Homme.

« 80% des emplois précaires sont des emplois occupés par des femmes, ce qui déjà démontre bien qu’il y a un vrai problème, parce que ça veut dire des salaires très réduits, des difficultés de garde d’enfants et des conditions de vie absolument tendues vers la précarité. Deuxième problème donc l’égalité salariale, aujourd’hui les femmes, à poste égal, à niveau de diplôme égal, les femmes en France gagnent toujours moins que les hommes et c’est absolument là aussi scandaleux. Plusieurs lois ont été votées, aujourd’hui on est sur une non application de ces lois donc on se demande ce qu’il faudrait faire, peut-être que les amendes pourraient régler ce problème, néanmoins quand on voit déjà les amendes payées par les partis politiques sur les listes non paritaires, bon j’imagine que des grosses entreprises ça leur posera pas beaucoup de problème de payer toujours moins leurs femmes et de payer une amende forfaitaire sur cette inégalité de traitement. »

Actuellement les inégalités salariales sont considérées comme des discriminations. Elles sont passibles en théorie de trois ans d’emprisonnement et de 4500 euros d’amende, mais en fait très peu de femmes portent l’affaire devant les tribunaux. 5 millions d’actifs sont à temps partiel aujourd’hui en France et parmi eux 82% de femmes, des contrats de travail à temps partiel subis, c’est le cas par exemple des caissières dans les grands magasins. Isabelle a 42 ans, elle est journaliste, pendant dix ans elle travaillait à mi-temps, mais c’était son choix, un choix pas toujours facile à assumer car la moitié des salariés à temps partiel gagne moins de 760 euros par mois.

« Comme tous les choix il y a ses bons côtés et il y a les revers. Donc ça veut dire faire la croix effectivement sur une certaine ambition professionnelle mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre donc forcément il faut accepter ça. Et puis le regard des autres aussi change, c’est ça qui est assez difficile en fait quand on commence le temps partiel, c’est que, en tant que femme on se dit : être mère ça ne va rien changer et même si ça ne change rien pour nous en fait le regard des gens change sur nous parce que comme on est mère on est forcément moins disponible c’est des a priori qui restent ça encore. Je sentais par exemple, il y avait un poste que j’ambitionnais, comme j’étais en fait, je revenais de congés de maternité je ne l’ai pas eu. On peut toujours donner les arguments qu’on veut mais moi j’ai quand même un petit peu senti que c’était aussi dû à mon statut de mère, et j’étais heureusement dans une équipe ou ça se passait bien malheureusement c’est pas toujours le cas. La difficulté quand on est femme active, mère de famille, c’est que on cumule toutes les casquettes, et que on finit une journée on en commence une autre, donc voilà c’est un choix de se dire bon je prends du temps pour ma vie personnelle les enfants grandissent vite et je ne veux pas rater ces moments-là, moi ma hantise c’était que mes enfants me disent un jour  : « toute façon t’étais jamais là on pouvait jamais te parler. »

Les femmes sont très peu nombreuses à des postes d’encadrement. Au sein des sociétés du CAC 40, les 40 plus grands groupes français côtés en bourse, les femmes ne représentent que 7% des effectifs. Mais le tableau n’est pas complètement noir. Certaines femmes réussissent et à fortiori dans des métiers d’hommes. Aujourd’hui 25% des ingénieurs sont des femmes. Dominique Verrien est l’une d’entre elles, elle a crée une entreprise dans le secteur du bâtiment.

« Moi j’ai pas rencontré de difficultés en fait, ça faisait l’exception qui confirmait la règle en fait donc je tombais souvent chez des clients qui étaient plutôt machos, mais bon je sais pas, ça passait bien et après au contraire ils me confiaient d’autres choses, en plus j’étais toujours jeune, la première fois quand j’ai monté mon bureau d’études j’avais 28 ans donc ils avaient l’impression qu’ils faisaient quelque chose, voilà qu’ils m’aidaient et puis après une relation de confiance s’est établie et puis ensuite ben ce n’est plus un problème de compétences et le fait d’être une femme c’est complètement effacé. On m’a fait barrage au tout départ parce que j’ai commencé en entrant chez Colas, donc dans une société de travaux publics, et là j’avais demandé à aller dans le sud de la France et cette région-là, non seulement ils n’ont pas voulu m’embaucher mais ils n’ont pas voulu non plus me rencontrer au prétexte qu’ils ne voulaient pas embaucher de femme. J’ai rencontré aussi sur un chantier, là c’était un chantier de bâtiment, dans les chantiers de bâtiment il y a souvent un mousse, qui est un des ouvriers mais qui est dédié à la cuisine, pour faire la cuisine pour tout le monde le midi et le mousse ne voulait pas me faire la cuisine, parce que j’étais une femme et il ne voulait pas faire la cuisine à une femme. Au niveau des grandes entreprises ça a plutôt bien évolué, au niveau des PME, c’est plus difficile, parce que il y a un système de fonctionnement qui fait que il faut qu’on soit très présent et c’est vrai que les contraintes liées aux enfants, les contraintes liées aux congés maternité même si ça se prépare, sont souvent pénalisantes dans la carrière d’une femme. C’est peut-être au niveau de l’école où on n’agit pas assez pour casser toutes ces images. Quand on voit encore sur les livres des enfants que la petite fille va aider la maman à la cuisine et le petit garçon le papa à la mécanique, je pense que ça participe effectivement du fait que on se prépare à des rôles ensuite. » Et justement en Bourgogne, une étude est menée dans une vingtaine de collèges et de lycées de la région. 1600 élèves ont déjà été interrogés sur leur ressenti concernant l’égalité homme-femme. Le constat n’est pas très brillant. C’est Christine Burtin-Lauthe qui coordonne cette enquête. Les élèves sont influencés par les médias, et la femme n’y est pas nécessairement bien représentée.

« L’image est toujours d’une femme objet, d’une femme ils disent même "morceau de viande" et ils utilisent les termes qui sont "pute" et "salope", ça ça nous questionne, ça doit nous interpeller et ça doit nous poser des questions par rapport à cette égalité qu’on essaye d’avoir. C’est une révolution inachevée. Si on a pensé que dans les années 70 on allait changer le monde et changer les rapports homme-femme, aujourd’hui le constat c’est que il y a encore beaucoup à faire et  que même parfois il y a une régression. Donc les garçons se remettent dans cette image de l’homme viril qui amène "la thune" comme ils disent et qui est le maître et puis les jeunes filles se retrouvent dans une situation de soumission et donc de dépendance alors qu’elles pourraient complètement dans notre société aller vers des emplois beaucoup plus larges, beaucoup plus ouverts. La majorité des femmes on les retrouve dans dix secteurs d’activités sur plus de 80. Ce qui veut dire que quand elles sont sur dix secteurs d’activités qui sont surtout du tertiaire, elles se font concurrence entre elles alors que si elles élargissaient l’éventail et si nous leur offrions aussi la possibilité et l’information pour aller vers d’autres secteurs qui sont tout-à-fait ouverts à elles -il n’y a pas besoin d’être maçonne, il y a beaucoup d’autres secteurs , l’informatique par exemple où on ne les retrouve pas- et bien on leur donnerait la possibilité d’avoir un vrai salaire. Un salaire qui leur donne l’autonomie, qui leur donne une vraie place dans la société et qui leur permette aussi de faire le choix de rester, d’avoir des enfants et de continuer à travailler. »

Tout se joue en fait à la maison. La répartition des rôles et des tâches ménagères en dit long sur l’égalité homme-femme.

« La répartition des tâches entre hommes et femmes dans la sphère domestique n’a évolué que de très très très peu. Les hommes en 15-20 ans n’ont augmenté leurs tâches ménagères journalières que de huit minutes et les femmes, elles, n’ont gagné qu’une minute de temps pour elles. »

Et la pression sociale est forte, comme en témoigne Sandrine, elle est chargée d’accueil.

« C’est comme si il fallait rentrer dans un moule, par exemple à partir de 30 ans : les enfants, le mariage, il faut être dans un cadre donc c’est pas toujours facile. Dans mon entourage on me dit : "ah t’es pas encore mariée, à 30 ans !" C’est pas toujours facile à accepter parce que bon je suis libre donc on fait ce qu’on a envie de faire, moi je dis il n’y a pas d’obligations, c’est pas parce qu’on arrive à un certain âge qu’il faut rentrer dans un cadre. »

Une étude menée auprès de cadres dirigeants, des hommes cette fois, âgés de 30 à 40 ans, relève tout de même une évolution des mentalités et des comportements. "La paternité a muté" selon le cabinet Equilibre, auteur du rapport. Les hommes s’investissent de    plus en plus dans l’ensemble des activités parentales et aménagent leur temps de travail pour garder leurs enfants par exemple. Une réalité pour les salariés de grands groupes, mais dans les petites entreprises les rôles traditionnels attribués aux deux sexes ont la peau dure.

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