2008_05_soc_fr

L’Olympique Lyonnais survole la ligue 1

L’Olympique Lyonnais pourrait remporter un 7e titre consécutif de champion de France de football. Depuis 2002 le club présidé Jean-Michel Aulas bat ses adversaires en Ligue 1. Lyon pourrait mème doubler le titre d’une victoire en Coupe de France cette année. C’est le premier club français coté1 en bourse. Mais aujourd’hui il doit franchir une nouvelle étape : conquérir l’Europe et la Ligue des Champions. Cécile Mathy

-Supporters lyonnais! Supporters lyonnais!

Soir de match à Gerland. L’Olympique Lyonnais reçoit Caen à quatre journées de la fin du Championnat de France de football de Ligue 1 et le 7e titre se profile.

-C’est vraiment extraordinaire que Lyon, ben, on en est quand mème à six titres consécutifs et puis pourquoi pas cette année la coupe de France, ça serait super aussi et surtout le 7e titre, ça serait formidable.

Pour Micheline, comme pour les autres supporters de l’OL, les clés de la réussite du club ne sont pas forcément là où on les attend, sur le terrain bien sûr, mais avant tout dans les coulisses.

-Dans les années 19722, moi, quand je suis arrivée ici, on était vraiment en bas, on n’était rien, quoi, en fin de compte, hein. Là, il y a vraiment une évolution avec un président formidable, une évolution au fil des années.

-Je pense qu’Aulas a fait du bien, malgré que certaines gens le critiquent. Je pense qu’il a fait du bien à l’OL et qu’il peut faire du bien au football français. L’OL est une entreprise. Donc par rapport à certains qui sont des clubs, donc, il est géré comme une entreprise, je pense que si Aulas avait à licencier, il licencierait comme dans une entreprise et que les autres sont encore un petit peu en retard avec un système de famille ou d’actionnaires mais maison4. Il faudrait qu’ils sautent le pas.

Jean-Michel Aulas, le président du club. à la fin des années 80, il prend les rènes de l’Olympique Lyonnais et applique sa stratégie d’entrepreneur. Il est déjà P.D.G. d’une société de logiciels comptables et se lance dans l’aventure sportive sans connaítre le football mais sa gestion rigoureuse permet d’assainir la situation et bientôt le club qui végète en deuxième division voit s’ouvrir les portes de la Ligue 1. Olivier Blanc, le numéro 3 de l’Olympique Lyonnais, est le directeur de la communication.

-Le grand virage c’est en 87 quand Jean-Michel Aulas a repris un club qui était en deuxième division avec des moyens financiers très limités, pratiquement aucun joueur, et qui était en deuxième division depuis 4 ans. Donc là il a commencé à remettre un petit peu les comptes d’aplomb et puis le club est remonté en 89 et il a eu un discours d’abord très ambitieux parce qu’il faut arriver à motiver les hommes, il faut motiver les entreprises partenaires qui sont venues nous rejoindre. Et puis il a eu une politique de développement en disant : “Comment trouver des ressources complémentaires ?” Il fallait effectivement élargir le panel des partenaires. Il fallait créer puis développer une marque qui puisse générer des revenus et puis s’appuyer sur le centre de formation qui produisait de bons joueurs et essayer de les vendre au meilleur moment pour ravoir des ressources complémentaires qui permettaient d’acheter d’autres joueurs et petit à petit de franchir les marches une à une. Donc la politique a été une politique de long terme qui a pris effectivement de 87, puis 89 la montée en première division, jusqu’en 2001 au premier titre, mais dès les années 95-96 il y a eu les prémices de réussite avec une deuxième place en championnat. On sentait qu’il y avait une évolution à l’Olympique Lyonnais, mais à cette époque-là on n’était pas compétitifs encore. On a pu parallèlement mettre en place une filière avec le Brésil avec un de nos anciens joueurs Marcello. Et avec une très bonne complicité avec Bernard Lacombe on a pu récupérer des joueurs brésiliens de haut niveau, de gros potentiels, à des coûts moindres parce qu’ils n’étaient pas encore venus en Europe. Et ceux-là ont contribué aussi au développement du club. Il y a eu Edmilson, il y a eu Juninho, puis après tous les autres qui nous ont accompagnés, mais la venue d’Edmilson ou de Juninho a été décisive. Juninho est arrivé l’année du premier titre notamment.

Dans les années 90, les résultats suivent sur le terrain mais on est encore loin de la tète du championnat. Une nouvelle étape est franchie avec l’arrivée de Sony Anderson. En 2001 le club remporte son premier titre en gagnant la Coupe de la Ligue. Thomas Nardone est journaliste à Lyon-Mag. C’est aussi l’auteur d’un livre sur le président de l’OL : “Jean-Michel Aulas, l’enquète interdite”.

-Le déclic ça a été en 1999 quand il a su faire venir Jérôme Seydoux, le patron de Pathé, des cinémas Pathé, dans le capital de l’OL. Et là, contre 100 millions de francs, une somme énorme à l’époque; il a su faire venir aussi un joueur extraordinaire qui a marqué l’histoire de l’Olympique Lyonnais qui est Sonny Anderson. Et ce double déclic, à la fois déclic financier avec l’arrivée de Jérôme Seydoux et déclic sportif avec l’arrivée de Sonny Anderson, a fait passer l’Olympique Lyonnais vraiment dans une nouvelle ère qui était l’ère de champion de France. Quand il a payé 100 millions de francs -ce qui était un record à l’époque dans le Championnat de France- pour faire venir Anderson, c’était un vrai risque. Beaucoup de gens ont dit : “Il est fou. Il a pété un plomb5. Il va couler l’entreprise”. Or, au contraire, ça a permis vraiment à l’OL de passer un cap.

Olivier Blanc confirme : le patron de l’OL avait déjà son plan de bataille en tète dès son arrivée dans le club.

-C’est clair que ça a été un visionnaire. Il a anticipé sur énormément de choses. Il a su ètre patient. Il a appris le football, non pas sur le terrain -aussi sur le terrain- mais surtout les arcanes du football, le fonctionnement, et puis il a été visionnaire sur beaucoup de choses. Bernard Lacombe raconte souvent une anecdote. En 1987 quand il a pris la présidence, il a dit à Bernard Lacombe quand il l’a fait venir : “Tu sais, un jour on aura notre télévision”, ce qui était complètement… mème pas utopique, c’était complètement a priori débile, comme dit Bernard, en 1987. Et pourtant c’est ce qui s’est passé.

Aujourd’hui l’OL c’est un budget de 150 millions d’euros. Le club a donc sa télévision, OL-Télé, un restaurant au centre-ville et une brasserie qui vient de s’ouvrir au sein de l’aéroport de la ville. La marque est lancée mais ce discours très centré sur les chiffres ne fait pas que des heureux. Thomas Nardone

-L’OL c’est Jean-Michel Aulas et Jean-Michel Aulas a un discours quand mème très ‘de businessman’ et souvent il parle plus de résultats économiques que de résultats sportifs. Et ça, les supporters de foot qui, eux, veulent voir du beau jeu, ils aiment pas ça. Ils aiment pas qu’on parle à leur portefeuille. Ils préfèrent qu’on parle à leur coeur. Et par exemple c’est quelqu’un comme Michel Platini -qui est aujourd’hui le président de l’UEFA et qui est une ancienne grande star française- qui lui-mème dit : “J’acheterai jamais des actions pour voir l’OL prendre trois pour cent en bourse. Moi, je suis là pour voir Lyon prendre trois points sur le terrain”. Et je crois qu’aujourd’hui il y a une vraie séparation entre, d’un coté les investisseurs, les businessmen qui se retrouvent dans le discours d’Aulas, et la grande majorité des supporters qui n’aiment pas ce discours froid, calculateur un peu, et qui préfèrent qu’on les fasse rèver comme encore une fois un Bernard Tapie savait faire rèver.

Aujourd’hui, au niveau sportif, est-ce qu’il y a des joueurs qui peuvent faire rèver les Lyonnais?

-Ben, indiscutablement Benzema bien sûr qui est le nouveau prodige de l’OL, qui a deux atouts. Premièrement il est exceptionnel sur le terrain et deuxièmement en plus il vient de Bron, il vient de la banlieue lyonnaise. Donc quelque part c’est l’identité lyonnaise. C’est aussi rare aujourd’hui dans le football moderne où les transferts sont très rapides et où les clubs ne sont plus forcément associés à des joueurs du cru, j’allais dire. La grande force de l’OL, c’est cette stabilité finalement, stabilité dans le président, stabilité dans les entraîneurs, où mème si tous les deux-trois ans ça tourne, quand mème ils restent en place. Mème s’il y a des périodes un peu creuses, des mauvais résultats, ils restent en place. Donc il n’y a pas d’adversaire à la hauteur. Et c’est aussi lié à la stratégie de Jean-Michel Aulas qui essaye par tous les moyens de prendre les meilleurs joueurs des autres clubs français, ce qui est de bonne guerre -c’est une concurrence, hein-, ce qui est de bonne guerre, parce que l’autre club, soit perd son meilleur joueur, soit est obligé de payer plus pour garder son meilleur joueur et donc est affaibli pour recruter d’autres éléments. Moi, je pense que c’est une stratégie un peu à courte portée. Le problème, c’est qu’à force de faire des matchs finalement sans enjeu particulier, pas très difficiles pour eux en Ligue 1, ben, en Ligue des Champions, quand ils se retrouvent face à des très grands clubs, qui eux, ont l’habitude dans leur propre championnat de jouer des matchs, vraiment des chocs régulièrement, ils arrivent pas à passer ce cap et c’est ce qui handicape aujourd’hui l’Olympique Lyonnais.

L’OL rève maintenant d’Europe. L’Olympique Lyonnais se sent à l’étroit dans un championnat français qu’il survole depuis le début des années 2000. En Ligue des Champions c’est plus délicat, pour la deuxième année consécutive les Lyonnais ont été éliminés en 8e de finale. Et pour tenir un jour l’affiche d’une finale face à Manchester ou Barcelone, il faut encore augmenter le capital de l’OL. Olivier Blanc.

-On dispute la Champions League pour la 8e année consécutive, ce qu’ aucun club français… il faut savoir qu’aucun club français n’a réussi à la jouer deux années de suite avant l’Olympique Lyonnais. Donc ça, c’est vraiment un progrès considérable. On est à peu près le dixième club européen sur le plan du budget, sur le plan des résultats sportifs et il y a tellement d’écart avec les autres qu’il faut effectivement qu’on ait des revenus complémentaires et la perspective de ce stade qui va arriver au début des années 2010 effectivement nous permettra de générer des revenus complémentaires donc d’essayer de rattraper un peu le retard sur les clubs anglais.

Ce grand stade en périphérie de Lyon, pourrait accueillir 60 000 spectateurs, 20 000 de plus que Gerland (actuellement les matchs s’y jouent quasiment à guichets fermés). Mais plus qu’un stade, OL Land permettrait à Lyon de réaliser ses rèves de grandeur avec un centre commercial, un centre de loisirs et des bureaux.

Reste à assurer sur le terrain, côté résultats, car après 7 saisons de domination sans partage sur le monde du football français, la pression est plus forte. Lyon pourrait s’essouffler, avec le risque ensuite de ne plus remplir les stades.Thomas Nardone.

-Lyon n’est pas une ville populaire comme Marseille, comme Saint-Etienne ou comme Lens. les Lyonnais n’ont jamais été passionnés de foot. Donc, aujourd’hui l’OL gagne, l’OL propose un beau jeu, donc les Lyonnais vont au stade. Si l’OL ne gagne plus, je ne suis pas sûr qu’il y aura encore 40 000, voire 60 000 personnes, dans le nouveau stade que voulait Jean-Michel Aulas pour venir voir l’OL.

Mais on est encore loin de ce scénario catastrophe, pour preuve le beau parcours de Lyon également en Coupe de France. Quel que soit leur avenir l’Olympique Lyonnais et Jean-Michel Aulas auront marqué l’histoire du football en France.

Allez! Allez! Allez l’OL!

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