2008_06_act_fr

OGM :

Le 21 mai, le Parlement français a adopté une loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), après des mois voire des années de débat houleux. 80% des Français sont contre ; José Bové s’est fait connaître en fauchant du maïs transgénique ; aujourd’hui, il y a enfin une loi, mais suffira-t-elle à apaiser les esprits ? Reportage de Florence Maître.

Ils sont une trentaine, avec leurs sandwichs ou leurs salades faites maison. Ils se sont installés sur des couvertures et proposent sur des tables, des fruits issus de l’agriculture biologique.

Ces militants sont venus pique-niquer devant la préfecture de Charente-Maritime, un événement qui a lieu devant toutes les préfectures de France. Alors, c’est peut-être même un peu tard parce que les textes sont déjà en cours. Ils ont déjà été votés, ce qu’il y a c’est (qu’il y a) une relecture et donc, on est là pour essayer d’améliorer les choses, du mieux possible, mais on sait que déjà c’est bien entamé.
Laurent, un militant de Greenpeace résume bien le message.

-Il me semble que les OGM, c’est un sujet assez grave, avec des risques très importants pour l’humanité et l’avenir de la planète et donc, je pense qu’il serait temps de se réveiller un peu et de se bouger, voilà.

Les manifestants, à La Rochelle comme ailleurs, veulent montrer leur désaccord avec le texte présenté le jour-même aux députés. Premier point qui pose problème : la loi garantit « la liberté de consommer et de produire avec ou sans OGM » mais c’est impossible à cause des contaminations explique Madeleine Nutché, ancienne rédactrice en chef dans un journal écolo.

-Eh bien on est tout à fait d’accord pour la recherche. Au contraire même, plus de recherche mais de la recherche confinée en laboratoire, pas de la recherche en plein champs où, bon, elle contamine toutes les autres cultures et les gens qui veulent continuer à cultiver de façon traditionnelle ou en bio, ne le peuvent plus. Ce qui se produit déjà en Argentine avec le soja ; ce qui se produit déjà au Canada avec le maïs, les producteurs bio qui étaient à proximité des champs OGM qui ont été cultivés depuis plusieurs années n’arrivent plus. Ils sont contaminés, ils ne peuvent plus faire les cultures qu’ils entendaient faire.

Vous croyez en ce genre de choses, des pique-nique, des choses come ça ?

-Hé il faut croire ! Je crois à des tas de choses depuis trente ans. Il y a de tous petits progrès. Disons qu’il y a un petit peu de… quelques personnes qui commencent à nous entendre mais bon… Il y a eu le Grenelle de l’environnement, on n’en attendait pas des miracles, mais peut-être qu’il y aura quelques choses qui bougeront, tout de même.

Même s’ils ne sont qu’une trentaine ce jour-là, ils savent que 80% des Français ne veulent pas des OGM ; ni dans les champs, ni dans leurs assiettes, c’est que disent les sondages.

Là, vient le deuxième point de la loi qui créé la discorde : quand un produit contient des OGM, il faut l’inscrire sur l’étiquette. Mais seulement à partir de 0,9%.

C’est trop pour Charles Kloboukoff, le PDG de Léa nature. C’est une entreprise rochelaise de 530 salariés dans l’alimentation et la cosmétique biologiques.

-Si demain, on trouve des OGM dans le bio, de manière significative, c’est la remise en cause complète de la sécurité alimentaire que représente le bio. Aujourd’hui, le bio est une valeur refuge pour nombre de citoyens ou de consommateurs et nous devons nous préserver de cette contamination. Ce n’est pas sérieux de faire voter une loi sans en avoir étudié les fondements scientifiques et mesuré les impacts. Aujourd’hui, il n’y a aucune étude qui a été établie sur une durée supérieure à trois mois qui mesure vraiment les effets sur la santé des rats, donc nous allons participer nous-mêmes au financement d’une étude scientifique de longue durée sur les impacts des OGM au niveau des rats mais on sait déjà qu’au bout de deux-trois mois, il y a des dérèglements hormonaux, il y a des problèmes au niveau des reins qui commencent à se déclarer mais aujourd’hui, il y a un silence, il y a un non-dit là-dessus. Il y a beaucoup de scientifiques qui sont marginalisés quand ils prennent la parole, qui perdent leur chaire à l’université, parce qu’effectivement, les multinationales qui commercialisent les pesticides et les semences sont extrêmement riches et sont capables de détourner les avis des scientifiques voire de financer les propos de certains.

Ce jour-là, le texte va être rejeté pour des raisons politiques, pas vraiment liées au contenu, même si de nombreux députés hésitent. La loi passe finalement une semaine plus tard, mais qu’en pensent les agriculteurs ? A la FNSEA, le syndicat qui rassemble 70% des paysans français, on est pour. François Avrard est le président départemental en Charente-Maritime.

-Moi, personnellement, si ma coopérative, à condition qu’il y ait un contrat avec un cahier des charges contrôlés, même s’il faut… de toute façon c’est obligatoire, il faut avertir la DDA et la préfecture, je ne suis pas contre. Parce qu’il y a eu de la recherche faite dans les serres, dans les labos, dans les serres, eh bien maintenant, il faut essayer plein champs. Alors les gens disent : « surtout pas, surtout pas parce que dissémination, dissémination ! » On entend des chiffres aberrants, on entend des disséminations à 300km. ÇÇa, moi, je n’y crois pas, la dissémination elle se fait sur… à peine à peine un kilomètre et encore ! IL faut quand même continuer, il faudra nourrir tous ces hommes, je regrette.

François Avrard insiste : des OGM, les Français en mangent déjà, dans le soja importé par exemple.

-Oui, ça peut faire peur. Moi au début, quand j’en ai entendu parler… on s’interroge. C’est tout à fait normal, ça c’est humain, on a le droit de s’interroger et c’est très sain de s’interroger aussi. Mais avec les coopératives avec qui on travaille tous les jours, on a eu des explications, des petits reportages, des films et on s’aperçoit quand même que l’OGM, fait dans des conditions normales, bien sûr, sous contrôle et tout, je pense qu’il n’est pas si malsain que ça, quoi. Ce qui malsain, c’est toujours le côté médiatique, là, que certains s’en prennent… je ne veux pas citer de nom et les gens gardent cette image-là. Alors, moi, je veux bien. D’un côté : le monde, où on trouve de plus en plus de productions OGM, il en rentre, il en rentre dans les ports français et les ports européens, il faut le savoir, ça, c’est radical, il en rentre, et nous, on n’aurait pas le droit d’en faire. Alors, là, moi il faudra m’expliquer ! Je ne sais pas comment… C’est un travail de recherche, c’est un travail d’avenir parce que moi, j’ai eu des… justement, avec ma propre coopérative, j’ai eu un exposé sur les OGM et c’est vrai qu’il y a de l’avenir. La société, c’est un risque aussi, de vivre c’est un risque, mais il faut les modérer, il faut les contenir quoi ! Il ne faut pas… je pense, moi, que la recherche, en France, c’est quand même quelque chose de… pour moi, c’est un point très fort et c’est quand même contenu, on ne fait pas n’importe quoi. C’est sûr que certainement, dans les pays étrangers, dans les pays en voie de développement et tout, on leur a fait faire n’importe quoi, ça j’en suis pratiquement sûr. Mais, quand c’est contrôlé et tout Tout à l’heure, je disais laboratoire, après, ça s’est fait dans les serres, bon, c’est sûr, il faut faire l’essai plein champs, mais de toujours envoyer des gens faucher ce qui est fait et tout, est-ce qu’on avance ? On avance plus !

La loi se montre plus dure, aussi, envers les « faucheurs volontaires », emmenés par José Bové, mais François Avrard en est persuadé, cette loi ne les arrêtera pas et les destructions de parcelles transgéniques continueront.

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