2008_06_soc_fr

Le français, c’est élégant

Avec plus de 260 millions de pratiquants à travers le monde, le français est parlé sur les cinq continents. Pour assurer un apprentissage de qualité, le ministère des Affaires étrangères développe un réseau d’instituts et de centre culturels français à l’étranger. Au total, ce sont 430 institutions qui sont présentes dans 150 pays. Visite guidée dans l’une de ces écoles du bout du monde. Alep, en Syrie. Delphine Martin:

Alep, au nord-ouest de la Syrie, est la deuxième ville du pays avec 3 millions et demi d’habitants. Elle est connue des touristes pour son souk, son savon à l’huile d’olive et sa superbe citadelle. Au détour des rues encombrées et bruyantes, on tombe sur l’Agence culturelle française d’Alep. 350 élèves y sont inscrits pour suivre des cours de français.

Sur les murs des salles de classe : des photos, une carte des régions de France, un poster de la tour Eiffel. Neuf professeurs assurent les cours dont Katia, une jeune Française de 27 ans. Selon elle, sa discipline, le FLE, suppose une grande capacité d’adaptation.

-Le FLE, c’est le français langue étrangère, c’est l’enseignement du français aux étrangers. Chaque public est différent. Selon les régions du monde, les approches sont différentes. On peut pas parler des mêmes sujets. Je pense qu’on peut parler de tout mais bien sûr on ne va pas chercher trop dans les sujets politiques. Mais en politique française on peut parler de tout.

Dans un pays qui a vécu sous mandat français après le démantèlement de l’empire ottoman entre 1920 et 1943, le français fait parfois encore partie d’une tradition familiale. C’est le cas pour Hélène qui est enseignante et qui a toujours parlé français en famille. Elle prend des cours au centre culturel pour se perfectionner.

-Pour moi, le français est très important parce que quand j’étais petite, ma mère, toujours, on parlait avec en français. La culture française est avec nous depuis longtemps. Toujours on a des chansons en français. On a des cultures françaises toujours, avec moi.

-Et qu’est-ce qui vous déplait dans le français ou dans la langue française ?

-La grammaire, je déteste la grammaire parce que la grammaire est difficile même en arabe. On a une grammaire très très difficile. En anglais, c’est plus facile.

-Alors les petits mots qui expriment la cause?
– « Parce que », « puisque »
-Il y a « puisque » aussi. « Comme », c’est le même sens que « puisque ».
-Oui.
– « Sous prétexte que », « sous prétexte qu’il », on peut le remplacer par « parce que », hein.
-Oui.
-“La critique s’est longtemps moquée de lui parce qu’il avait un style naïf” ou, hein, “sous prétexte qu’il avait un style naïf”.

Les élèves du centre sont souvent issus de milieux plutôt favorisés. Ils sont étudiants, avocats, enseignants ou médecins. Pour Antoine, apprendre le français, c’est presque une déclaration d’amour.

-Franchement, j’aime apprendre des langues et j’ai toujours rêvé d’être un polyglotte. Un polyglotte… qui parle beaucoup de langues, n’est-ce pas ? Si je visitais la France un jour, j’aimerais parler leur langue. J’aime parler la langue du pays pour être apprécié, pour qu’ils sachent que je les apprécie.

A côté d’Antoine, il y a Dia. Cela fait 4 ans qu’il prend des cours de français au centre. Il les apprécie car ils lui permettent de mieux comprendre la culture et la politique hexagonale.

-Il y a de l’enthousiasme dans la vie politique des Français -parce qu’en Syrie on est toujours… On a la même façon de parler de politique. Mais en France il y a la gauche, il y a la droite, il y a le socialisme, il y a le capitalisme, donc il y a beaucoup de choses à faire dans la politique.

Dia, qui souhaite travailler à l’international et pour qui l’apprentissage du français était un deuxième choix logique après l’anglais.

-En Syrie, pour le travail, l’anglais c’est le plus important,et après, le français, et quelques personnes commencent à apprendre l’espagnol après le français.

En règle générale, apprendre le français est donc plus un plaisir qu’une nécessité professionnelle, comme l’explique Ranim, élève du centre culturel et par ailleurs enseignante dans une école privée.

-L’anglais est plus connu que le français. Si on parle anglais, on a plus de choix que le français parce que ici le travail s’appuie sur la langue anglaise, pas sur le français. C’est dommage. Mais les gens commencent à aimer le français ici en Syrie. Je pense que ici les gens aiment apprendre le français pour la prononciation de la langue. Ils pensent que c’est très ù1classe$1, très élégant pour être comme les actrices et les acteurs français mais je pense pas pour la culture française.

Depuis de nombreuses années, le français fait donc les frais de l’incontestable efficacité économique de l’anglais. Mais les choses changent au Moyen-Orient, selon Jean-Michel Ducrot, directeur de l’antenne du centre culturel français à Alep.

-Il y a effectivement beaucoup de familles francophones qui cultivent une tradition de la langue française et qui ont envie que leurs enfants continuent à apprendre le français. On a effectivement donc ceux qui apprennent aussi le français simplement parce qu’ils se rendent compte que l’apprentissage d’une autre langue que l’anglais est important. C’est une région qui se développe touristiquement. Avant la guerre d’Irak, le tourisme avait fait un bon faramineux. Il s’avère que le tourisme recommence progressivement à se développer. Et donc on a de plus en plus besoin d’avoir des gens qui sont bons linguistiquement à la fois en français et en anglais. Ce qui peut expliquer effectivement qu’on a de plus en plus d’étudiants qui viennent du monde du tourisme et qui s’intéressent à la langue.

En fait, on n’a jamais été en concurrence avec d’autres langues et les politiques menées par le British Council ou par le Goethe Institut sont complètement différentes. Donc l’objectif n’est pas d’être en concurrence avec l’anglais parce qu’il est évident que de toute façon c’est une langue internationale et une langue parlée dans le monde. L’objectif est de faire de la coopération. Donc on a la chance d’avoir effectivement un ministère des Affaires étrangères qui s’implique et qui prend en charge une partie notamment des frais et c’est la raison pour laquelle la France développe une politique d’ù2écolage$2 dans les centres culturels français, qui est beaucoup moins importante par exemple que pour le Goethe Institut ou que pour le British Council.

Dans cette défense du français au-delà des terres hexagonales, les enseignants sont en première ligne. Ces professionnels sont souvent employés en contrat de droit local dans des conditions assez précaires et leur formation est encore peu reconnue en France.

$Id: 2008_06_soc_fr.htm 35 2021-02-12 12:17:35Z alistair $

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Scroll to Top