2008_11_soc_fr

Entretien : «On pensait que le numéro 1 pourrait se croire plus puissant ou plus intéressant que le numéro 2 »

En 1790, sous la Révolution, les départements ont été créés avec un souci bien précis : toutes les villes d’un même département se trouvaient à une journée de cheval maximum de la ville choisie comme chef-lieu ; on dit maintenant préfecture. A l’époque, il y avait 83 départements, contre 99 aujourd’hui. Leur histoire nous est contée par Marie-Vic Ozouf-Marignier, directrice du Groupe de géographie sociale de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

-Les départements ont été créés volontairement comme un double système, à la fois politique et administratif, c’est-à-dire qu’ils devaient représenter la base électorale pour la formation des assemblées législatives, la Chambre des députés et, d’autre part, ils devaient être une unité administrative de gestion de toute la vie publique.

Est-ce qu’on a essayé de diviser des régions un peu frondeuses ?

-Oui, tout-à-fait. Le gros problème auquel de sont heurtés les députés révolutionnaires qui ont fabriqué les départements, c’est l’opposition des anciennes provinces, en particulier, les grosses provinces comme la Bretagne, comme le Languedoc, le Dauphiné qui ne voulaient pas être fractionnées en unités plus petites. Finalement, le principe de fractionnement des grandes provinces a été maintenu et on a simplement, dans le détail, essayé de respecter les habitudes locales dans telle ou telle ville.

Le découpage départemental a-t-il évolué ?

-Non, le découpage départemental n’a pratiquement pas changé depuis sa création, si ce n’est du fait de l’adjonction des départements de la Savoie et donc du comté de Nice, devenu les Alpes-Maritimes, en 1860 et, évidemment, au début des années 1960, la réorganisation des départements autour de Paris et puis, il faut effectivement ajouter la transformation des territoires d’outre-mer en département.

Pourquoi on a choisi d’attribuer des numéros à ces départements ?

-Alors le choix n’a pas été immédiat. Au début, on a plutôt choisi de ne pas leur donner des numéros parce que dans l’esprit égalitaire qui régnait au moment de la Révolution, on pensait que le numéro 1 pourrait se croire plus puissant ou plus intéressant que le numéro 2. Alors, ensuite, la numérotation s’est très vite imposée dans les annuaires, dans tous les systèmes de repérage, effectivement, des départements, jusqu’à constituer une forme d’identité, parfois très forte d’ailleurs, puisque actuellement, dans les départements d’outre-mer justement, il est courant que les jeunes portent des t-shirts avec le numéro du département. Quelque chose d’aussi abstrait qu’un numéro a pu forger une identité départementale.

Pourrait-on avoir de nouveaux découpages dans les années à venir ?

-On y pense évidemment très sérieusement et surtout dans le cadre de l’intégration européenne, qui encourage des regroupements, d’une part supra communaux, d’autre part supra départementaux au niveau de la région, mais les résistances donc à la fois politiques et sentimentales sont très fortes comme on peut le voir avec cette question des numéros de départements sur les plaques d’immatriculation. Pour supprimer les départements, il faudrait que les habitants et les hommes politiques prennent conscience qu’ils auraient quelque chose à y gagner. Or, actuellement, ça ne semble pas être le cas.

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