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La population est vieillissante en Europe et la France n’échappe pas à la règle. Les 65 ans et plus représentent 16,3 % de la population française et la tendance s’accélère. Cela pose un certain nombre de problèmes en termes de prise en charge des personnes âgées. Que faire de nos aînés ? Le maintien à domicile est privilégié. Mais il faut affronter la solitude. Même si c’est encore marginal, de plus en plus de jeunes choisissent de travailler ou de vivre avec des personnes âgées pour rompre cet isolement. Une manière aussi de renforcer les liens entre générations.

Reportage à Lyon de Cécile Mathy.

SCRIPT REPORTAGE

La colocation intergénérationnelle, c’est la solution en vogue pour lutter contre la solitude des personnes âgées et affronter la crise du logement. Le principe est simple: Une personne seule accepte d’ouvrir ses portes à un étudiant. Compagnie pour l’un, économie pour l’autre, la formule fait des émules dans les grandes villes françaises, même si le phénomène est encore un peu marginal.

A Lyon Madeleine, 92 ans, vit désormais avec Louise, une étudiante en communication. 70 ans les séparent.

-Comme j’ai plus de 90 ans, mes enfants voulaient que j’aie quelqu’un quand même qui soit là. Ça se passe très bien. Comme elle reste pour le dîner du soir avec moi, eh bien , on discute, on parle de beaucoup de choses, j’apprends des tas de choses et moi, je peux lui en apporter aussi.

-Par exemple, elle sait pas ce que c’est Internet, alors, comment envoyer un message… Hier, je lui ai expliqué un peu comment ça se passait tout ça, donc c’est plutôt drôle parce que je lui explique quelque chose que… Elle s’en servira jamais mais c’est bien de voir qu’elle s’intéresse quand même.

Voilà maintenant deux ans que Madeleine a recours à cette solution.

-J’ai perdu mon mari il y a 6 ans alors je commence à me faire à cette vie comme ça, mais c’est jamais bien drôle, quoi. J’ai une sœur aînée qui a eu une attaque il y a deux ans et c’est sa fille qui l’a prise chez elle et qui s’en occupe complètement. Je trouve ça formidable. Je pensais pouvoir rester avec mes enfants mais je me suis rendu compte que vivre avec des enfants, c’est pas facile et que j’aimais mieux rester chez moi et avoir quelqu’un avec qui j’ai presque plus de facilité de parole. J’ai des enfants qui habitent loin, une à Paris et l’autre dans le Midi et pour venir me voir, c’est toute une affaire. Elles trouvent que c’est trop loin. Alors j’aime bien mieux avoir quelqu’un chez moi. Puis avec la jeune fille que j’ai en ce moment, ça se passe très très bien. C’est comme si c’était ma fille. Elle est venue avec son papa et elle m’a plu. Puis on s’est plu et puis voilà.

Louise ne paye pas de loyer. En échange, elle rend de petits services à Madeleine, et la rassure surtout par sa présence. Pour elle, c’était donc une aubaine.

-C’était déjà… déjà question d’économie, c’est clair parce que… pas de loyer. Et donc elle… Moi, je mange ici ù1tous les soirs, le matin$1. Et elle veut rien que j’achète par moi-même. Et puis moi, c’est aussi que j’aime pas rentrer toute seule tous les soirs et je connaissais personne sur Lyon donc je m’étais dit, ça me fera un petit… une présence à moi aussi, même si c’est une personne âgée.

-Pour vous, c’est pas trop contraignant quand même ?

-Non, c’est ù2plus$2 moi qui me sens gênée. Par exemple, si je sors le soir, et là, dans la nuit, je vais me dire : « Bon, il faut que je rentre. On sait jamais. S’il arrive un truc, je vais m’en vouloir, et tout. » Mais une fois que c’est clair avec Madeleine, que je lui ai dit : « Ce soir, je sors, je vais rentrer tard », elle sait, voilà. Même si je sais que ça ne lui plaît pas trop parce qu’elle angoisse un peu. Elle angoisse pour moi et puis elle angoisse pour elle toute seule. Mais elle sait bien, elle comprend bien que j’ai vingt ans et que je sors. Et donc…

Elle n’est pas prisonnière. Elle va au basket, elle va… On est allé ensemble au cinéma, une fois. J’étais pas allée au cinéma depuis très longtemps. On est ensemble mais elle fait un peu ce qu’elle veut, quoi ! Quand elle veut, si elle veut partir de bonne heure, elle me le dit simplement et puis voilà.

-Je savais pas du tout si ça allait me plaire ou pas et j’ai découvert que, quoi, il y avait quelque chose avec la personne âgée qui passait. Enfin des choses, qu’on ne se rend pas vraiment compte mais moi je trouve qu’il y a beaucoup de choses à partager. Ils ont quand même tout un vécu, une histoire. Donc moi, je trouve ça intéressant de partager avec elle.

Mais tout le monde n’est pas prêt à sauter le pas de la colocation. Accepter quelqu’un dans son intimité n’est pas toujours simple, même pour quelques heures. Les aides-ménagères ou les auxiliaires de vie comme Sabrina, en savent quelque chose. A 29 ans, elle passe son temps à courir d’une maison à une autre pour faire le ménage et venir en aide aux personnes dépendantes.

-Comment ça va ?

-Oh, ça va pas trop.

-C’est votre jambe ?

-Oh, c’est tout. C’est le dos. C’est tout.

Sabrina exerce ce métier depuis 7 ans. Deux fois par semaine elle se rend chez une dame de 86 ans que nous appellerons Simone.

-Elle va faire la vaisselle, laver par terre, nettoyer derrière les meubles, enfin tout. Je suis habituée avec elle, maintenant ça va! Le jour où elle peut pas venir, j’en veux pas d’autres parce qu’elle a l’habitude. Elle sait où sont les affaires alors qu’autrement je serais obligée de rapprendre tout à une autre alors j’aime autant le faire moi-même.

-Et ça vous fait de la compagnie aussi, une présence.

-Ben oui, c’est ça, oui ! Elle me raconte ce qu’elle fait. Moi, je lui raconte ce que j’ai vu et tout alors.

-C’est vrai qu’on a une complicité avec nos bénéficiaires. Donc c’est vrai que le temps passe vite, quoi. Puis souvent, on met la musique, et puis voilà, c’est un moment vraiment agréable, quoi. Quand je viens là, même quand je suis fatiguée, la fatigue s’en va, c’est vrai que c’est vraiment tout le temps un moment agréable, quoi. Une fois que la confiance est passée, tout va bien, quoi. Faut se mettre à leur place, en fait, pas faire comme si on était chez soi. On n’est pas chez nous. C’est faire comme elles veulent et se mettre vraiment à leur portée, quoi, à leur écoute et à leur portée. C’est vrai que la plupart du temps on est les seules personnes qu’elles voient donc il y a beaucoup beaucoup de solitude, c’est vrai. C’est le truc le plus dur, ouais, c’est la solitude. C’est pour ça que je me suis mise au domicile, parce qu’on est libre de notre temps. Enfin on fait comme on veut : si la personne, elle a plus besoin, un jour, ù3qu’on soit plus là$3 pour parler, c’est pas grave, le ménage, on peut le faire plus tard. On va vraiment au plus important.

Les enfants de Simone n’habitent pas loin, mais ils travaillent. Ils lui téléphonent tous les jours, mais l’isolement s’est accru avec le temps, d’autant que dans son immeuble tout a changé. Ses anciens voisins ont presque tous déménagé.

-Maintenant c’est des jeunes mais avant c’était des personnes… 50 ans, comme ça. On se débrouille beaucoup mieux! Tandis que maintenant les jeunes, ils ne font pas attention.

-Ils vous proposent pas des fois de vous ramener quelque chose ?

-Oh! Alors là! Ils viendront même pas sonner à la porte pour savoir si vous êtes bien, si vous êtes… Non! Non! Non!

Consciente d’être un élément essentiel, parfois le seul lien vers l’extérieur, Sabrina essaye toutefois de garder ses distances, avant tout pour se protéger.

-C’est vrai que, quand il y a des décès, des trucs comme ça, c’est vrai que c’est… ça touche quoi parce qu’on s’attache beaucoup aux gens. Mais bon, moi, la mort ne me fait pas peur. Je veux dire… Je sais dans quoi je suis allée comme métier. On sait qu’il y a la mort à la fin, quoi. C’est la vie.

Parmi les autres bénéficiaires dont s’occupe Sabrina : Juliette et Lucien, un couple de septuagénaires.

-Lucien, on va dans la chambre vous coucher, hein ? Allez venez avec moi.

Lucien est à moitié couché sur la table de la salle à manger. Victime de multiples attaques, il est à la limite de la conscience, il fait sans arrêt des aller retour entre son domicile et l’hôpital.

-J’essaie toujours de le stimuler, de le faire aller de l’avant, de prendre toujours un petit temps pour vraiment être avec lui, essayer de communiquer même si c’est difficile, même s’il ne répond pas, même… voilà. Je garde toujours ce contact par le toucher, par des gestes doux. C’est vrai que du coup ça marche ! On arrive à lui faire faire des choses en passant par ça, quoi !

Alors ici, outre les tâches ménagères, Sabrina vient surtout épauler son épouse.

-Elle m’aide bien, et puis des fois on discute, ce qui ne gâte rien. Etant donnée la situation que je vis avec mon mari ça me fait un petit… un peu d’air frais parce que c’est lourd, dites, depuis 13 ans qu’il est malade.

-Moi, je suis… Je suis pas membre de la famille. Je suis quelqu’un… un tiers. Donc c’est des fois plus facile de me parler à moi. Il y a certaines personnes qui portent tout toute seules donc elle veulent pas être en plus une charge pour leurs enfants. Donc c’est vrai que c’est plus facile de se confier à moi.

Le maintien à domicile est parfois une solution précaire, notamment en cas de pathologie lourde telle que la maladie d’Alzheimer. Et malgré les aides comme l’APA, l’allocation personnalisée d’autonomie, la dépendance devient difficile à gérer au quotidien, en particulier pour les proches.

-On fait ce qu’on peut, hein. Le matin, je m’occupe de son petit déjeuner. Je m’occupe des repas et puis des soins. Chaque fois je suis très fatiguée. J’arrive plus à assumer. Alors justement en ce moment je pense sérieusement le faire placer dans une maison de retraite. Autant qu’il soit dans un environnement qui lui conviendrait. Et même mes enfants, ils pensent que c’est plus possible.

Mais les maisons de retraite coûtent cher: 1500 euros en moyenne par mois. Et le nombre de places est limité. Dans la plupart des cas, c’est le dernier recours pour la famille. Alors avec l’espérance de vie en constante augmentation les services à la personne à domicile ont de longs jours devant eux.

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tous les soirs, le matin – la régularité s’exprime soit avec l’adjectif ‘tout’ accordé en genre (masculin ou féminin) et en nombre (singulier ou pluriel)ou simplement avec l’article défini au singulier (le, la l’).

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c’est plus moi / qu’on soit plus là – Notez la prononciation du s quand ‘plus’ signifie ‘davantage’. Ecoutez les exercices de prononciation du cours débutant 34

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