2008_12_soc_fr

Entretien : Les services à la personne – tâches ménagères et soins à domicile- sont en plein boom, mais le secteur a besoin de se professionnaliser et souffre d’un manque de reconnaissance. Jadis, les proches de la personne dépendante s’occupaient d’elle, les aînés étaient maintenus dans la cellule familiale. Aujourd’hui les modes de vie ont changé : avec la mobilité géographique ou encore les problèmes d’espace dans les logements, les personnes âgées sont amenées à rester seules à leur domicile et à accepter l’aide d’inconnues, car il s’agit à plus de 90% de femmes : les auxiliaires de vie. Chantal Dumas dirige la société DOMiDOM à Lyon.

On est bien dans une démarche d’accompagnement, d’aide, d’entraide, d’étayage. On est bien dans cette démarche de lien social avec donc, une personne qui vient de l’extérieur, mais aussi une personne qui va essayer d’amener la personne aidée, vers l’extérieur. Que ce soit simplement pour aller faire des courses. Beaucoup de personnes chez qui l’on va n’osaient plus sortir seules faire leurs courses. Aujourd’hui, accompagnées d’une auxiliaire de vie, elles vont oser sortir seules : plus de peur de tomber, plus de crainte d’être seules donc, de ce fait, la personne âgée ou la personne aidée simplement va pouvoir aller vers l’extérieur, donc on est bien dans le lien social.

C’est pas toujours évident parce qu’effectivement, on vient dans l’intimité de la personne. Il faut qu’il y ait vraiment une alchimie qui s’opère entre l’auxiliaire de vie et la personne âgée.

C’est quelque chose qui est, en effet, très complexe. Je pense qu’on prend pas souvent la mesure de cette complexité dans l’intervention. On décide à certains moments de faire appel à nos services en disant : “Voilà, il nous faut une auxiliaire de vie de telle heure à telle heure chez Madame Dupont”, par exemple, mais très souvent, Madame Dupont, elle est pas forcément d’accord. Son souhait, c’est de rester à domicile mais elle n’a pas forcément mesuré ce que ça signifiait aussi de rester à domicile et, ce qui, pour elle peut représenter une contrainte, c’est d’accueillir quelqu’un à son domicile. Donc c’est parce qu’une personne aujourd’hui est professionnelle et qualifiée qu’elle va pouvoir arriver à gagner cette confiance. C’est une rencontre humaine et une rencontre professionnelle.

C’est un secteur en expansion, vous avez du mal à recruter des gens. Vous toujours en recherche finalement de personnel ?

Je crois que c’est un métier, justement qui est pas reconnu encore comme un vrai métier mais c’est un métier difficile le domicile. A chaque fois qu’on va frapper à une porte, on ne sait pas ce qu’il y a derrière la porte donc il y a aussi toute cette angoisse. Il y a des situations complexes à domicile avec des pathologies lourdes, que ce soit la maladie d’Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaques, pour citer que celles-ci, donc c’est vrai du coup qu’aujourd’hui, il y a des personnes qui ont encore peur de venir vers ces métiers et puis il y a des personnes qui entendent de leur entourage : “Ah mais moi, je n’irai jamais faire ça, vraiment il faut être…” ne rien avoir d’autre comme possibilité donc du coup c’est pas très valorisant de s’engager vers un métier quand l’entourage, l’environnement donne un écho négatif à ce métier, donc aujourd’hui, oui, c’est vrai que nous avons toujours besoin de recruter mais moi, ce que j’ai envie de dire, c’est que c’est un vrai métier avec de vraies compétences, de vraies qualités et on ne s’improvise pas auxiliaire de vie.

Vous avez aussi beaucoup de personnes d’origine étrangère qui viennent faire ce métier ?

Oui. J’ai envie de dire, qu’aujourd’hui, notre équipe, c’est 90% de personnes issues de l’immigration, parce que pour la plupart, elles sont françaises, quand même, ne l’oublions pas.

Ça vous pose aussi parfois des problèmes avec les personnes aidées qui sont pas forcément habituées à avoir vu des gens de couleur, tout simplement?

Oui tout à fait. Je pense que d’abord, il y a une chose : nous avons signé une charte de lutte contre toute discrimination au travail. La loi est très claire là-dessus et puis je crois qu’il faut absolument aborder le sujet avec des personnes, qui, de part leur âge, de part leur histoire, n’ont pas été habituées à être mélangées dans cette société pluriculturelle comme on est aujourd’hui, donc c’est souvent la peur de l’inconnu. Et ce que j’ai pu remarqué depuis trois ans que je suis responsable de l’agence, c’est que lorsqu’on en parle directement avec la personne, qu’on évoque cette problématique, très souvent, on arrive à faire évoluer les choses et aujourd’hui, on a vraiment intérêt à préserver les intervenantes qui vont sur le terrain parce que, dans les années qui viennent, c’est un métier dont on aura de plus en plus besoin donc qu’il faut absolument forcément valoriser.

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