2009_02_act_fr

Ski

La France dispose du plus grand domaine skiable au monde. La neige porte bien son nom "d’or blanc" dans l’Hexagone, générant six milliards d’euros par an, et pourtant les stations doivent faire face à de nouveaux défis, comme la crise économique ou le réchauffement climatique, sans parler de la concurrence de plus de 300 sites répartis sur les massifs alpin, pyrénéen, des Vosges et du Jura. Dans les Hautes-Alpes, la station des Orres a bien compris que son avenir rimait avec diversification, d’autant qu’elle doit tirer son épingle du jeu et lutter contre les grosses machines des Alpes du Nord.

Reportage de Cécile Mathy

– Attendez-moi !

– Attends cinq minutes

– Elle est comment la neige là aujourd’hui ?

– Très bonne, excellente, en plus beau temps, on se régale, que du bonheur !"

Dimanche ensoleillé aux Orres. Après deux jours de chutes de neige, les skieurs retrouvent les pistes entre 1600 et 2700 mètres d’altitude. Ils viennent principalement du sud de la France, de la région de Marseille, comme Sophie et Stéphanie qui passent ici le week-end grâce à leur comité d’entreprise.

Sophie : "On va skier cet après-midi, comme il fait beau. Hier on n’a pas skié, il y avait la tempête, donc on a skié un peu, après, oui, on s’est arrêté tôt, mais aujourd’hui oui, il y a du beau temps, on va skier cet après-midi, on va en profiter".

Stéphanie : "J’ai commencé quand j’étais toute petite en maternelle et en primaire, mais depuis je n’ai rien fait, donc ça fait plus de douze ans que j’ai pas touché un ski, donc hier je m’y suis remise un peu difficilement…quelques gamelles, et bon après, ça allait beaucoup mieux. Mais hier c’est plus les débuts et vu je n’ai pas pris de cours en soi, voilà je suis partie tout droit dans la descente et gamelle, mais après ça allait beaucoup mieux".

– Donc ça vous donne envie de revenir par vous même?

– Ah oui, oui moi je reviendrai toutes les années."

Non loin de là, "le club des piou-piou", un jardin d’enfants où les skieurs en herbe découvrent les joies de la neige et font leurs premières glisses.

"Allez Fabio, on y va ? Tu m’en fais un joli hein ? Très grand, très grand l’arrière, très loin.

– D’accord.

– Jusqu’au bout ?

– Oui

– Allez tape-là, on y va, c’est parti !

– Ah ben, dis donc c’est pas pareil là !

– Eh non, allez, ouais ! Super, mon grand !"

Léa vient, elle aussi, de Marseille. Elle a 7 ans.

"La neige, c’est froid mais quand on met les moufles ou les gants, ça ne fait pas froid.

– Tu es déjà tombée beaucoup ?

– Oui mais ça ne fait pas mal parce que je vais pas trop vite parfois et parfois je vais vite."

Jade vit elle non loin de la station, à Embrun, la plus grosse ville à proximité.

"C’est mes nouveaux skis, ça, que le Père Noël il m’a achetés. Ils sont violets, roses."

William, son papa :

"C’est eux qui veulent venir et puis on les pousse aussi à faire du ski, quoi, comme on est à la montagne, l’incontournable c’est le ski, ici, de toute façon. Les enfants adorent venir ici et puis c’est pas excessivement cher, et puis, les parents sont tranquilles, les enfants sont là, s’amusent, et nous, on peut faire ce qu’on veut."

Car ici, il y en a pour tous les goûts : outre les pistes de ski alpin, des pistes de ski de fond, des sentiers pour pratiquer les raquettes, des balades en chiens de traineaux, une patinoire, une bibliothèque ou encore une salle de spectacle. Il y a du choix et c’est ce qui a plu à Stéphanie et Fabien. Ils ont fait onze heures de route depuis le nord de la France pour passer une semaine aux Orres en famille.

"Enfin, moi, j’aime pas que le ski. C’est même pas une grande passion pour moi, c’est plutôt mon mari qui est passionné par le ski. Moi je viens pas que pour le ski. On vient pour se détendre et puis faire des choses qu’on ne fait pas chez nous puisque chez nous on n’a pas la montagne. Enfin, je pense que c’est rare les gens qui viennent que pour le ski. Et puis, il faut penser aussi à l’après-ski, après 17h. Comme là, par exemple, dans notre résidence, on a une piscine, on a… donc bon on trouve ça sympa l’après ski, parce que c’est vrai que 17h, ça fait un peu… il reste encore un petit peu d’heures avant d’aller se coucher, quoi ! Bon, c’est vrai qu’on a fait quand même attention aux prix mais on travaille tous les deux et on se dit que, au moins, on peut mériter cette récompense d’aller travailler toute l’année, ça c’est pour nous un truc sur lequel on met un point d’honneur, c’est une semaine l’été, et une semaine l’hiver".

Un discours récurrent, car désormais les skieurs ne passent plus que quatre heures en moyenne sur les pistes. La station a dû s’adapter à ces nouvelles attentes. Elle a donc diversifié ses activités pour répondre à leur demande. Marie-Aymée Buffet est conseillère municipale de la commune des Orres :

"Le ski ne suffit plus. Les clientèles ont besoin d’avoir toute une gamme d’activités complémentaires lors de leur séjour. Donc les activités les plus élémentaires comme les chiens de traineaux, les raquettes dans la neige, le ski de fond, les balades à pied dans la neige, mais également d’autres activités qu’on a mises en place depuis maintenant deux ans : une patinoire couverte et une salle de spectacle qui propose toute une série d’animations et de concerts tout au long de la saison touristique. Il y a énormément de stations, en France, près de 200 sites de ski en France (NOTE DE CECILE : en fait c’est environ 350 sites en France) donc la concurrence est très rude et toutes les stations maintenant ont une qualité intéressante donc sur quel critère on peut jouer pour faire la différence ? Nous, notre idée c’est vraiment de faire la différence sur l’ambiance, sur l’accueil, sur la convivialité. Voilà. Le domaine skiable c’est un domaine skiable très beau, très sympa très intéressant, mais qui n’est peut-être pas à la hauteur des domaines skiables énormes qui existent dans le nord des Alpes, donc on joue sur l’accueil, sur l’animation et c’est ce qu’apprécie vraiment notre clientèle qui vient pour avoir, retrouver aux Orres une ambiance conviviale, un esprit méridional parce qu’on est très proche du sud, de Marseille, et donc une ambiance très chaleureuse dans la station".

Benoit Ceas a lui aussi noté cette évolution, il tient une boutique de location de skis.

-Depuis oui, quelques années, au niveau du ski de fond, au niveau des raquettes, on sent que les gens veulent faire autre chose, veulent faire du ski alpin mais aussi veulent découvrir autre chose, aller se balader en montagne, faire du ski de fond ou faire de la balade toute simple et puis avec la raquette, ou partir en famille ou en groupe, faire une demi-journée ou une journée de balade".

Joël et Chantal, raquettes aux pieds, retrouvent la foule de la station après une longue balade.

-Très sympa, les sentiers sont bien faits et puis c’est damé donc on marche tranquille. Y a personne, c’est pas la cohue, et puis il n’y a pas de remonte-pente, y a rien à attendre, on se promène, on marche à son rythme et puis c’est tout".

La station des Orres, comme beaucoup d’autres, est une vraie fourmilière. L’industrie du ski fait vivre beaucoup de monde. Cela représente 600 emplois environ. Au niveau français, ce chiffre passe à 100 000 pour une économie annuelle de 6 milliards d’euros. Alors nécessairement, chaque année les professionnels prient les dieux de la neige pour que les flocons soient abondants, surtout en ces temps de réchauffement climatique, mais Emile n’est pas inquiet. Il vit ici depuis plus de 50 ans.

-L’hiver sera toujours l’hiver chez nous à la montagne. Bon, qu’il y ait plus ou moins de neige, je veux bien, mais moi, j’ai connu, il y a cinquante ans, des hivers aussi où il n’y avait pas de neige ou très peu, très peu. Il y avait une chute ou deux de temps en temps dans l’hiver et puis c’était tout, on la revécu et là je crois que… je suis pas contre, pas contre, je comprends le réchauffement de la planète, mais l’hiver sera toujours l’hiver chez nous.

Malgré le doute, les projets continuent. La fin de l’or blanc ce n’est pas pour demain. Un optimisme qui se retrouve jusque dans les candidatures françaises pour l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de 2018. Nice, Annecy ou Grenoble sont sur les rangs, mais aussi Pelvoux, un petit village à une trentaine de kilomètres des Orres. Benoît Ceas.

-Pelvoux, c’est le petit poucet des candidatures, on peut regarder ça avec sympathie, parce qu’on se dit, Pelvoux c’est un petit village. C’est vrai que c’est un projet qui est un peu… qui est fou, qui est un peu ambitieux. Avec du recul, en écoutant un peu les arguments, on se dit : « mais pourquoi pas ? Pourquoi pas ? » Parce que, ce retour à la montagne, de laisser un peu, quoi disons, ces grosses agglomérations, qui je doute pas, on des supers dossiers, mais Pelvoux, ils ont fait un dossier qui a l’air de tenir la route. Déjà, au niveau économie, beaucoup de… beaucoup de structures sont déjà en place avec les JO de Turin, donc toutes les grosses infrastructures qui coûtent beaucoup d’argent sont déjà construites, donc ça c’est un avantage. En tous cas, au niveau publicité, pour les Alpes du sud c’est énorme, c’est très très bien. On en parle. Nous, aux Orres, on a la piste de la descente, la Pousterle, qui fait partie des trois plus belles pistes qui sont homologuées en piste de descente, donc pour nous, les Orres, c’est un atout fabuleux. Après, est-ce qu’on l’aura ? C’est vrai que c’est ambitieux mais pourquoi pas, il faut rêver, et puis le projet, au début, c’était un peu, comment dire ? Ça faisait un peu sourire gentiment mais bon, on a vu des fois des petits villages qui ont eu les Jeux Olympiques et pareil, qui sont partis d’une idée un petit peu comme ça, farfelue, mais je pense que le dossier est vraiment bien monté avec un projet ambitieux au niveau écologie, économie et ça c’est important".

Réponse du Comité National Olympique et Sportif Français le 18 mars. La ville hôte sera choisie au niveau international en 2011.

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